Votations

  • Butin de votes

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    Je suis président d'un local de vote en Ville de Genève depuis plusieurs années. J'occupe cette fonction volontairement et je m'efforce de la servir avec le sérieux, la dignité et l'efficacité qui sont dus à nos institutions et au corps électoral.

    Cela commence par le choix des jurés électoraux que je convoquerai pour le scrutin et son dépouillement. Le jour de la votation, je prépare le local de vote, j'y affiche les prises de position des différentes composantes politiques et des associations concernées, je veille à la propreté et à la conformité des isoloirs, j'accueille les jurés électoraux (généralement des jeunes peu familiarisés avec les "subtilités" de notre système politique et encore moins au fait du déroulement des deux heures de vote, puis du dépouillement et comptage), je les rends attentifs aux dispositions légales d'une telle opération ainsi que sur l'attitude à adopter durant ce temps. J'exige d'eux de la rigueur, du sérieux, et une infaillibilité que j'estime légitimes dans le cadre de cette fonction. Avant le vote, je scelle l'urne après avoir fait constater qu'elle était bien vide. Après le vote, devant tout le jury électoral, l'urne est descellée, les bulletins comptés et recomptés, le dépouillement est précis, rigoureux, méthodique, concentré. A la moindre erreur, je fais recommencer tout le comptage. Puis les résultats sont transmis au Service des Votations par téléphone, et l'urne de transport contenant tous les documents est scellée à son tour. Enfin, les agents municipaux viennent chercher ce précieux et sacré matériel. Ce n'est qu'à ce moment que nous pourrons quitter le local de vote.

    Dans toutes ces étapes, j'insiste sur la responsabilité et sur l'honnêteté.

    Depuis hier, je pense à toutes celles et ceux que j'ai convoqués, et à celles et ceux que j'ai désignés pour le 19 mai. Comment vivent-ils cela ? Comment résonnent mes paroles à l'aune des exactions dénoncées récemment ? Tout en demeurant respectueux de la présomption d'innocence, je ne peux m'empêcher d'en vouloir à cette indélicate personne, à ce ver dans le fruit corrompu d'avoir ainsi souillé l'un des piliers de notre démocratie.

  • L'honneur perdu d'un maire

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    J’estime que nous avons tort à gauche de minimiser ou de relativiser la gravité des causes de l’annulation du vote communal du 24 septembre 2017. La droite ne peut pas seule se positionner en garante des institutions.

    Cette histoire porte atteinte à notre démocratie, elle porte atteinte au principe de la libre formation de l’opinion des citoyens, elle porte atteinte à notre ville et à son image.

    La cause de l’annulation par la chambre constitutionnelle est grave, cela s’appelle une forfaiture.

    Cette affaire, on ne le répètera jamais assez, a porté atteinte surtout au droit des citoyens de s’exprimer.

    Tout cela n’est pas de gauche ou de droite. Ce sont des valeurs démocratiques et républicaines, valeurs que nous partageons – je le crois – tous partis confondus, au-delà de nos différences idéologiques.

    Voilà pourquoi l’ensemble de la gauche devait prendre parole et condamner plutôt que de relativiser ou de minimiser. Voilà pourquoi j’aurais souhaité des paroles de gauche plus responsables et moins partisanes. Non dans le but de procéder à un lynchage ou à une mise à mort expiatoire, mais parce qu’il s’agissait de la défense des valeurs de notre République.

    J’ai regretté également, tant comme citoyen que comme élu, le manque de courage du Conseil Administratif qui a laissé à la seule appréciation du maire le fait de « se déterminer sur ses prérogatives ».

    Au titre de militant et d’élu de gauche, je déplore que M. Pagani, en homme responsable et conscient de la valeur honorifique et symbolique de la fonction de maire, ne se soit pas de lui-même mis provisoirement et symboliquement en suspens de sa fonction de maire pour précisément lui rendre son honneur perdu.

    Voilà pourquoi j’ai regretté que ne fussions pas plus nombreux à gauche à sauver l’honneur.

  • Précipitation en Plaine

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    Dans la nouvelle Genferei concernant Plainpalais et ses arbres, les conseillers municipaux ont envoyé un message on ne peut plus clair aux magistrats Guillaume Barazzone et Rémy Pagani. Le vote portait sur deux motions (l’une de droite, l’autre de gauche) demandant respectivement l’une de diligenter une contre-expertise indépendante, et l’autre de faire un état sanitaire des arbres à transplanter. Ces deux motions ont été acceptées et renvoyées au Conseil Administratif pour leur mise en œuvre. Or, on sait que pas plus M. Pagani que M. Barazzone ne s’exécuteront. Tout cela dans la parfaite conformité du règlement du Conseil Municipal puisqu’un délai courant jusqu’à six mois permet de différer cette mise en place d’une contre-expertise pourtant imposée par la majorité du Conseil Municipal. Cet aménagement dans le règlement s’explique surtout pour permettre habituellement au Conseil Administratif de prendre toutes les dispositions nécessaire pendant ce différé pour faire appliquer la décision de la motion, mais dans ce cas précis, il est notoire que les deux magistrats sont prêts à user de toutes les armes à disposition pour porter le projet de réaménagement jusqu’à son terme, et principalement jusqu’à la votation du 27 novembre. Quitte à traîner des pieds pour la communication des pièces demandées en commission de l’aménagement ! Quitte à répondre toujours à côté de la question ! Quitte à envoyer au front l’architecte du projet pour signer une prise de position au nom d’une association bidon (qui aurait tout aussi bien pu s’appeler « les amoureux de mon mandat ») ! Quitte à racoler dans les marchés pour obtenir des signatures favorables au projet ! Quitte à faire abattre – par soupçon de pourriture, pas par certitude – dix arbres dont l’expertise n’arrivait pas à évaluer l’état ! Quitte à manipuler les outils démocratiques dans ce que la légalité leur permet d’explorer !

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    Indépendamment du résultat du vote, quelle image ces élus, gardiens de notre constitution, représentants de nos institutions, donnent-ils au corps électoral ? Comment être aussi sots politiquement ou roués stratégiquement pour ne pas accéder à une demande qui aurait eu l’heur de rétablir un tant soit peu de confiance de la population à l’égard de ses édiles ?

    Car la blessure est là. Depuis le référendum gagné par les opposants malgré le compromis sur le projet de réaménagement du mois de janvier, MM. Pagani et Barazzone auraient dû flairer que la confiance peu à peu s’effritait, pour céder le pas à une méfiance prêtant même le flanc à des soupçons paranoïaques ou des thèses complotistes. Le « sentiment d’être manipulé » chez un électeur ne doit pas être méprisé par les magistrats, il est sans doute subjectif, mais il est à appréhender avec la même attention que le « sentiment d’insécurité ». C’est un thermomètre, impressionniste certes, de l’état d’esprit des citoyens et c’est précisément pour cela qu’il doit n’être pas négligé.

    Les Genevois sont attachés à leurs arbres et à tout carré de nature qui est menacé par une votation. Quel que soit le projet, quel que soit l’enjeu, chaque rendez-vous électoral nous l’a confirmé.  L’oublier c’est méconnaître ses citoyens, ou prendre sa réalité pour leurs désirs. Plus grave encore que de faire fi de la volonté ou des choix des électeurs, c’est faire fi de leur absolu. Rémy Pagani s’y était déjà cassé les dents au printemps en anticipant avec condescendance le résultat d’un référendum pour sauver la plaine, qui s’est avéré être en fin de compte un camouflet pour son projet.

    Cette votation qui paraissait acquise, devient pour Rémy Pagani un bourbier comme même le MAH n’avait pas réussi à l’y plonger, malgré ses contorsions idéologiques. Le Maire de Genève, Guillaume Barazzone, a trouvé avec son concours d’aménagement de la rade de quoi détourner l’attention et porter les coups sur son collègue, c’est de bonne guerre.

    Restera un bilan, dont le peuple ressortira prochainement les faits d’armes au moment de la course au Grand Conseil. Il paraît d’ores et déjà acquis qu’avec Plainpalais et l’abattage de tous ces arbres, MM. Pagani et Barazzone ont fait beaucoup de petit bois.

    Celui dont on ne fait pas les héros, mais les erreurs.