28/09/2017

L'honneur perdu d'un maire

J’estime que nous avons tort à gauche de minimiser ou de relativiser la gravité des causes de l’annulation du vote communal du 24 septembre 2017. La droite ne peut pas seule se positionner en garante des institutions.

Cette histoire porte atteinte à notre démocratie, elle porte atteinte au principe de la libre formation de l’opinion des citoyens, elle porte atteinte à notre ville et à son image.

La cause de l’annulation par la chambre constitutionnelle est grave, cela s’appelle une forfaiture.

Cette affaire, on ne le répètera jamais assez, a porté atteinte surtout au droit des citoyens de s’exprimer.

Tout cela n’est pas de gauche ou de droite. Ce sont des valeurs démocratiques et républicaines, valeurs que nous partageons – je le crois – tous partis confondus, au-delà de nos différences idéologiques.

Voilà pourquoi l’ensemble de la gauche devait prendre parole et condamner plutôt que de relativiser ou de minimiser. Voilà pourquoi j’aurais souhaité des paroles de gauche plus responsables et moins partisanes. Non dans le but de procéder à un lynchage ou à une mise à mort expiatoire, mais parce qu’il s’agissait de la défense des valeurs de notre République.

J’ai regretté également, tant comme citoyen que comme élu, le manque de courage du Conseil Administratif qui a laissé à la seule appréciation du maire le fait de « se déterminer sur ses prérogatives ».

Au titre de militant et d’élu de gauche, je déplore que M. Pagani, en homme responsable et conscient de la valeur honorifique et symbolique de la fonction de maire, ne se soit pas de lui-même mis provisoirement et symboliquement en suspens de sa fonction de maire pour précisément lui rendre son honneur perdu.

Voilà pourquoi j’ai regretté que ne fussions pas plus nombreux à gauche à sauver l’honneur.

14:51 Publié dans Conseil Municipal, Genève, Votations | Tags : valeurs républicaines, démocratie, honneur, pagani | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

08/11/2016

Précipitation en Plaine

Dans la nouvelle Genferei concernant Plainpalais et ses arbres, les conseillers municipaux ont envoyé un message on ne peut plus clair aux magistrats Guillaume Barazzone et Rémy Pagani. Le vote portait sur deux motions (l’une de droite, l’autre de gauche) demandant respectivement l’une de diligenter une contre-expertise indépendante, et l’autre de faire un état sanitaire des arbres à transplanter. Ces deux motions ont été acceptées et renvoyées au Conseil Administratif pour leur mise en œuvre. Or, on sait que pas plus M. Pagani que M. Barazzone ne s’exécuteront. Tout cela dans la parfaite conformité du règlement du Conseil Municipal puisqu’un délai courant jusqu’à six mois permet de différer cette mise en place d’une contre-expertise pourtant imposée par la majorité du Conseil Municipal. Cet aménagement dans le règlement s’explique surtout pour permettre habituellement au Conseil Administratif de prendre toutes les dispositions nécessaire pendant ce différé pour faire appliquer la décision de la motion, mais dans ce cas précis, il est notoire que les deux magistrats sont prêts à user de toutes les armes à disposition pour porter le projet de réaménagement jusqu’à son terme, et principalement jusqu’à la votation du 27 novembre. Quitte à traîner des pieds pour la communication des pièces demandées en commission de l’aménagement ! Quitte à répondre toujours à côté de la question ! Quitte à envoyer au front l’architecte du projet pour signer une prise de position au nom d’une association bidon (qui aurait tout aussi bien pu s’appeler « les amoureux de mon mandat ») ! Quitte à racoler dans les marchés pour obtenir des signatures favorables au projet ! Quitte à faire abattre – par soupçon de pourriture, pas par certitude – dix arbres dont l’expertise n’arrivait pas à évaluer l’état ! Quitte à manipuler les outils démocratiques dans ce que la légalité leur permet d’explorer !

ArbresGris.jpg

Indépendamment du résultat du vote, quelle image ces élus, gardiens de notre constitution, représentants de nos institutions, donnent-ils au corps électoral ? Comment être aussi sots politiquement ou roués stratégiquement pour ne pas accéder à une demande qui aurait eu l’heur de rétablir un tant soit peu de confiance de la population à l’égard de ses édiles ?

Car la blessure est là. Depuis le référendum gagné par les opposants malgré le compromis sur le projet de réaménagement du mois de janvier, MM. Pagani et Barazzone auraient dû flairer que la confiance peu à peu s’effritait, pour céder le pas à une méfiance prêtant même le flanc à des soupçons paranoïaques ou des thèses complotistes. Le « sentiment d’être manipulé » chez un électeur ne doit pas être méprisé par les magistrats, il est sans doute subjectif, mais il est à appréhender avec la même attention que le « sentiment d’insécurité ». C’est un thermomètre, impressionniste certes, de l’état d’esprit des citoyens et c’est précisément pour cela qu’il doit n’être pas négligé.

Les Genevois sont attachés à leurs arbres et à tout carré de nature qui est menacé par une votation. Quel que soit le projet, quel que soit l’enjeu, chaque rendez-vous électoral nous l’a confirmé.  L’oublier c’est méconnaître ses citoyens, ou prendre sa réalité pour leurs désirs. Plus grave encore que de faire fi de la volonté ou des choix des électeurs, c’est faire fi de leur absolu. Rémy Pagani s’y était déjà cassé les dents au printemps en anticipant avec condescendance le résultat d’un référendum pour sauver la plaine, qui s’est avéré être en fin de compte un camouflet pour son projet.

Cette votation qui paraissait acquise, devient pour Rémy Pagani un bourbier comme même le MAH n’avait pas réussi à l’y plonger, malgré ses contorsions idéologiques. Le Maire de Genève, Guillaume Barazzone, a trouvé avec son concours d’aménagement de la rade de quoi détourner l’attention et porter les coups sur son collègue, c’est de bonne guerre.

Restera un bilan, dont le peuple ressortira prochainement les faits d’armes au moment de la course au Grand Conseil. Il paraît d’ores et déjà acquis qu’avec Plainpalais et l’abattage de tous ces arbres, MM. Pagani et Barazzone ont fait beaucoup de petit bois.

Celui dont on ne fait pas les héros, mais les erreurs.

26/10/2016

Interview sur Radio Cité le 21 octobre 2016

Je relaie ici la retranscription de mon interview à Grand Format (Radio Cité), le 21 octobre 2016

L'abattage des arbres sur la plaine de Plainpalais ne met pas tout le monde d'accord. Pour Stéphane Guex-Pierre du parti Radical de Gauche, les expertises ne sont pas claires et cacheraient des intérêts corporatistes.

Radio Cité: 34 arbres vont être abattus sur la plaine de Plainpalais, comme vous le savez ils ont été jugés comme dangereux par des expertises, tout ceci fait suite à la chute d’un marronnier le jour du jeûne genevois, mais le Parti Radical de Gauche parle déjà d’un déni de démocratie, il veut en effet voir une contre-expertise effectuée. A ce sujet pour en parler, nous sommes avec Stéphane Guex-Pierre, membre du comité du Parti Radical de Gauche.

Stéphane Guex-Pierre: le problème des expertises, c’est qu’elles ne sont faites que par une entreprise, donc on peut éventuellement se poser la question de savoir s’il y a une vraie indépendance à ce niveau-là, et puis si je me base simplement sur la lecture de la dernière expertise, vous l’avez vue comme moi, tout le monde annonce un chiffre de 34 arbres à abattre, or en lisant l’expertise et en partant du principe que tous les arbres moribonds ou tous les arbres pourris sont à abattre, j’ai beau faire le calcul dans tous les sens, je n’en trouve pas 34, mais que 24. Donc ça veut dire que sur une simple suspicion on va en abattre 10 supplémentaires. Là c’est ma première méfiance, elle correspond à la méfiance que j’ai eue lors de l’abattage des arbres dans la nuit du 9 au 10 septembre, où des arbres ont été abattus et les souches ont été immédiatement occultées en mettant des cônes en plastique ou des plaques en métal dessus, et d’autres arbres n’avaient pas cette occultation. La seule différence qu’on pouvait faire en observant ces arbres abattus, c’est que ceux qui étaient à la vue de la population étaient effectivement pourris, ou montraient des traces manifestes de pourriture, alors que les autres, ceux qui étaient occultés par des cônes ou des plaques métalliques, après arrachage de ces protections, on voyait qu’il n’y avait pas, manifestement, de pourriture. Donc j’en viens à soupçonner une espèce de coup de force, qui serait d’abattre un maximum d’arbres avant la votation du 27 novembre, pour mettre la population devant le fait accompli, et l’obliger par conséquent à voter oui à ce projet de rénovation.

Radio Cité: Pour vous il s’agit vraiment d’un déni de démocratie?

Stéphane Guex-Pierre: C’est un vrai déni de démocratie! En admettant (je me mets à la place du magistrat) que le périmètre soit dangereux, on pourrait très bien protéger la population, éventuellement offrir des soutiens à certains arbres, couper des branches mortes, retenir les arbres si besoin, tant que la votation populaire n’a pas eu lieu. Là j’ai vraiment l’impression que par cette manoeuvre, qui tombe - selon qu’on se place d’un côté ou de l’autre - extrêmement mal ou extrêmement bien, on influence la votation et son résultat.

Radio Cité: Il y aurait des intérêts économiques et corporatistes derrière cette manoeuvre et Rémy Pagani serait en cause selon vous, est-ce que vous avez des faits pour étayer ça?

Stéphane Guex-Pierre: Il y a trois rapports de la Cour des Comptes, le premier qui date de 2013, ensuite un rapport de 2014, un rapport de 2015. Le premier rapport en 2013 - qui avait été d’ailleurs diligenté suite à des demandes de conseillers municipaux - relevait un certain nombre d’inquiétudes de la Cour sur des irrégularités. Irrégularités – entendons-nous bien - au sens large, cela ne veut pas forcément dire malhonnêteté, cela peut être des maladresses ou des mauvaises façons de faire les choses. Donc, suite à ce premier examen du projet de rénovation de la Plaine, la Cour des Comptes avait fait une série de recommandations (de mémoire 17, sauf erreur). Parmi les recommandations, il y avait notamment des inquiétudes de la Cour sur des Comptes concernant les offres de marchés publics, être sûrs que tout se faisait dans une parfaite légalité. La parfaite légalité, - là aussi il faut y mettre des précautions d’usage - cela n’entend pas nécessairement malhonnêteté, cela peut entendre simplement que des choses se font, et qu’elle ne se font pas selon un cahier des charges précis, même si au bout du compte l’opération est parfaitement légale.

Radio Cité: Donc vous réclamez une contre-expertise?

Stéphane Guex-Pierre: Idéalement, la contre-expertise devrait être faite par un dendrologue, un spécialiste des arbres qui n’aurait aucune chance, on va dire, d’être appelé à replanter des arbres ou à travailler sur ce projet dans les mois à venir.

 

 

http://www.radiocite.ch/cite-mag.html

10:39 Publié dans Genève, Plainpalais, Votations | Tags : 27 novembre 2016, arbres à abattre, expertise, cour des comptes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |