22/02/2016

MAH, derniers mots

En marge de la votation du MAH a eu lieu une excellente initiative, puisque était organisée une visite guidée et commentée par deux historiennes de l'art ; ceci afin de mettre en lumière les atteintes à l'intégrité du Musée d'Art et d'Histoire par le "projet Nouvel".


Au passage, il convient de saluer le fair-play du directeur du MAH, qui – bien que partisan du projet - a accueilli cette visite avec professionnalisme. Autrement plus pittoresque, voire ridicule, la présence de quelques partisans du projet, dont des élus déguisés en courtisane ou en bon petit soldat, venus « troller » la visite pour jouer les trouble-fête.

Mais quittons l'anecdotique pour s'attacher à trois points que nos deux guides du jour ont parfaitement mis en lumière.

Equilibre rompu

snapseed-02-01.jpegObservons l'alignement actuel du MAH et de l'ancienne Ecole des Beaux-Arts; nul n'a besoin d'être architecte pour constater la cohérence entre les deux bâtiments, tant au niveau des socles, que de la taille des fenêtres, que du placement des corniches ou de leur hauteur. Ceci est renforcé par les arches édifiés entre les deux bâtiments, qui les unissent et disent implicitement leur lien.

Les interventions de Jean Nouvel briseront cette harmonie, pire la nieront, avec la surélévation conséquente (bien que diminuée déjà par rapport au projet initial) qui permettrait l'installation d'un restaurant au sommet.

 

Assombrissement

snapseed-01.jpegCamoletti avait judicieusement pourvu le musée d'éclairage naturel zénithal, comme l'atteste la photo. A une période où le réseau électrique n'était pas répandu, cela répondait à une nécessité évidente.

Aujourd'hui, est-il vraiment pertinent de condamner ces sources de lumière naturelle au prétexte de la modernité ? Car la nouvelle structure prévue sur le toit occultera de fait 50% de cette arrivée de lumière.

 


Désinformation

snapseed-03.jpegOn a beaucoup glausé sur la cour intérieure ; les partisans du OUI allant jusqu'à la qualifier d'inutile, de dépotoir, de ruine, de laideur. Certains ont même poussé l'ignorance crasse (ou la mauvaise foi) jusqu'à expliquer qu'on y stockait de vieilles pierres sans grand intérêt (sic). Or, depuis l'origine du Musée d'Art et d'Histoire, le promenoir de la cour (voir photo) est destiné à l'épigraphie(¹) et c'est donc dans une logique concertée que les inscriptions lapidaires y sont exposées. Certes, comme il a été relevé par nos deux guides, l'ordonnancement et le soin apportés à ces sujets d'études ont été curieusement négligés ces derniers temps, mais la présence de ces stèles n'a rien qui ne soit dû au hasard.

Concernant les étages de verre que l'architecte Nouvel voudrait accrocher à la paroi de la cour, il convient de relever – et un simple examen de la propre maquette du projet officiel suffit à le constater – qu'ils n'auront jamais la légèreté, la transparence et la finesse annoncées.

En d'autres termes, comme il est d'ailleurs visible sur les images de synthèse projetées par les initiateurs du projet, sans recours à un éclairage artificiel conséquent, tout sera baigné dans le noir.

Dernier mot sur la cour dans son état actuel. Elle est certes défraîchie, laissée à un relatif abandon (volontaire?), mais qui, après l'avoir visitée ces jours, ou ayant assisté à un concert nocturne ou à un spectacle de danse lors d'une édition de la Fête de la Musique, qui donc pourra prétendre que cette cour n'a aucun charme, qui pourra justifier la nécessité de la faire disparaître, qui pourra légitimer la destruction aberrante de ce havre au milieu de notre cité ?

Après examen de la convention contraignante liant la ville à un prétendu mécène, après vision des plans, puis de la maquette, j'avais déjà clairement arrêté mon choix sur un NON à ce projet. Cette visite guidée m'a davantage ouvert les yeux sur la couleuvre architecturale que l'on voudrait nous faire avaler, je persiste et je signe, le 28 février ce sera NON.

 

(¹) épigraphie: science auxiliaire de l'histoire, qui étudie les inscriptions sur matière durable, comme la pierre et le métal. Elle est particulièrement utile dans la connaissance de l'histoire des civilisations antiques, dont la plupart des documents périssables a disparu.

15:36 Publié dans Culture, Genève, Votations | Tags : musée d'art et d'histoire, mah, nouvel, architecture, camoletti | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |