01/12/2014

Grève (inspiré de Martin Niemöller)

Gate Gourmet, Espaces Verts, TPG, grève

Quand les employés de Gate Gourmet ont fait la grève,
je ne les ai pas soutenus,
je ne prends que des avions sans repas à bord.

Quand le Service des Espaces Verts a dénoncé ses conditions de travail,
je n’ai pas soutenu,
ils devraient être contents de travailler dehors.

Quand ils ont baissé les aides sociales,
je n’ai rien dit,
je n’en ai pas besoin.

Quand les TPG ont fait grève,
je m'en foutais,
j'avais ma bagnole comme tous les jours.

Quand ma boîte m'a viré,
Y en a pas eu un
pour m'aider.

17:43 Publié dans Genève, Social | Tags : gate gourmet, espaces verts, tpg, grève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

22/04/2014

LA GREVE OUBLIEE

 

Par deux fois déjà j'avais voulu me joindre à eux, me montrer solidaire de leur action. Par deux fois, des impératifs professionnels ou familiaux m'avaient détourné de cette envie de monter à Cointrin. Et puis ce n'était pas grave, je pourrais une autre fois.Aéroport, grève, gate gourmet

 

L'autre fois, ce fut mercredi dernier. Le 16 avril. Une date comme une autre pour chacun de nous. Pour eux, le 215ème jour de grève. Eux ? Les quelques employés de Gate Gourmet à faire grève « contre une multinationale qui, après avoir licencié tout son personnel l’a réengagé à des conditions salariales et sociales inférieures alors que l’entreprise, active dans le catering sur des dizaines d’aéroports à travers le monde, affiche des bénéfices millionnaires *». Avec un cynisme digne d'un personnage de Shakespeare, après avoir dénoncé la Convention Collective de Travail et proposé de nouveaux contrats (avec une date butoir pour les signer, ne laissant ainsi que peu de choix), leur direction déclare « il n'y a pas eu de licenciements, nos 153 employés sous l'ancienne CCT ont accepté les nouveaux contrats, et il n'y a pas eu de départs, donc c'est qu'ils étaient satisfaits de partager ces conditions ».

 

Me voici donc enfin devant ces quelques femmes et hommes installés crânement dans un chalet de bois, construit de leurs mains, sous les fenêtres mêmes de leur employeur.

Sept mois de grève, sept mois d'attente, sept mois de sacrifices, sept mois de menaces. Leurs collègues ont baissé les stores des fenêtres des ateliers, comme s'ils ne voulaient pas les voir. Comment ne pas les voir pourtant ? Ils vivent plus de huit heures par jour dans ce chalet de 18 m 2 : une cuisine extérieure, une pièce principale avec bancs et tables, et un réduit où stocker le matériel.

 

Je suis tendu, j'appréhende un peu cette rencontre, je ne sais comment sera perçue ma visite. Des questionnements inutiles, comme me le prouve leur accueil. Ils ont justement besoin d'avoir de la visite, de sentir que l'on les soutient, que l'on pense à eux, car ils sont bien seuls.

 

Seuls, face à un employeur détaché de leurs problèmes. Seuls face à des collègues qui craignent eux-mêmes pour leur place, « on les voit sortir après leur boulot, ils ne jettent pas un coup d'oeil dans notre direction, ils pressent le pas » confie une gréviste. Seuls face à la presse qui dès le début du conflit s'est désinteressée d'eux, « notre premier jour de grève, il y a eu l'enlèvement de la psychothérapeute, l'affaire de la Paquerette ». Seuls enfin face au désintérêt quasi général de la population genevoise.

 

Je ne comprends pas pourquoi l'on s'est détourné d'eux. On, nous, moi. Je les écoute me raconter leurs vies. 35 ans d'entreprise pour certains. Toujours prêts, disponibles. Les appels les jours de congé pour remplacer une collègue malade. Les conditions qui deviennent difficiles, années après années. La concurrence. La productivité. Le chantage à l'emploi. Et un jour, la grève.

 

Ce ne sont pas des fortes-têtes, ou des héroïnes ou des professionnels de la contestation. Ce sont des gens. On, nous, moi. Plongés subitement dans une réalité inacceptable. Cette grève, ils la font comme une conséquence logique, comme une évidence. Ils la portent aujourd'hui, ont-ils le choix, elle est en eux. « Au début de la grève, me dit l'une d'eux, nous avions mal physiquement, nous souffrions ; notre corps était usé par le travail, mais depuis quelques mois, nous allons mieux physiquement. Plus aucune douleur, rien. Dans la tête, c'est différent, nous souffrons, nous sommes inquiets. Et quand nous voyons nos anciens collègues passer quand ils sortent du travail, nous voyons les traces sur leurs corps. Nous les voyons se fatiguer, s'abimer, vieillir. A vue d'oeil ».

 

Un silence passe entre eux. Une minute peut-être, comme l'hommage à ce passé qui n'est plus, à ces illusions tuées déjà par une entreprise trop gourmande. Les regards se croisent. Je vois sur ces visages des sourires, mais n'arrive pas à en interpréter le sens. Détresse, résignation, fatalité ou l'assurance de faire ce qui est juste ?

 

Plus tard, nous partagerons un repas. Cher repas qui unit, qui recolle, qui fait revenir la bonne humeur, sans arrière-pensée. Et ils parleront d'avenir tandis que les avions emportent au-dessus de leurs têtes plus de 30'000 voyageurs par jour. Souvent pour des destinations de rêve ou pour le travail...

 

 

 

 

 

 

 

*http://geneva-aeroport.ch/

 

l'appel des grévistes peut être signé sur http://geneva-aeroport.ch/?page_id=17

 

 

 

08:00 Publié dans Genève | Tags : aéroport, grève, gate gourmet, suisse, travail, syndicat | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |