12/12/2016

Assemblée déli(bé)rante !

Ainsi, la Ville de Genève n'aura pas de budget et fonctionnera sur la base des "douzièmes provisionnels" pendant un temps qu'il reste à définir. Mais quelle paradoxale attitude que celle de ces formations qui ont voté samedi le retour en commission des finances du projet de budget du Conseil Administratif !

Relevons deux tendances : les donneurs de leçons et les velléitaires. 

Les donneurs de leçons se tiennent majoritairement dans le groupe PLR : ils sermonnent la magistrate en charge du budget alors que celui-ci est équilibré, ils fustigent les pauvres (les "profiteurs" disent-ils) qui touchent des prestations sociales, ils dénigrent la plus-value en matière de retombées économiques des artistes créateurs (les "entretenus" disent-ils), ils méprisent les fonctionnaires (les "intouchables" disent-ils) pour mieux démanteler un système de prestations à la population. 

Dans le même temps, ces donneurs de leçons si prompts à dispenser des cours de gestion comptable à la magistrate se ridiculisent en proposant une série d'amendements sur une ancienne version du budget, ils copinent avec les milieux immobiliers spéculatifs responsables des hausses sans fin des loyers, ils placent leur représentants dans les conseils d'administration qui reversent de juteux dividendes aux actionnaires tout en baissant les salaires et licenciant à tour de bras, ils soutiennent les augmentations constantes et injustifiées des assurances, mettant ainsi des familles entière sur la paille.

Tout aussi dangereux, mais non moins ridicules, les velléitaires : Daumier les aurait représentés gesticulant, dotés de bras démesurés et de gorges abyssales pour brasser beaucoup d'air et mugir terriblement. Ceux-là se tiennent aux extrêmes gauche et droite. Ces élus (MCG et Ensemble à Gauche) ont fait de la vocifération leur seconde nature. Les uns (MCG) se prétendent "à l'écoute des Genevois", mais sont complices par leurs votes du démantèlement des prestations sociales, ils se disent le soutien de la classe moyenne, mais au mépris des locataires du Canton ils participent activement à l'affaiblissement de la seule loi qui les protège, enfin ils vitupèrent contre le Conseil Administratif pour un amendement de dernière minute alors qu'ils en ont déposé des dizaines dans le même temps. Les autres (EàG, qui n'est plus qu'une OPA du parti solidaritéS) adoptent une posture outrée face à un projet de budget qu'ils estiment insuffisant, mais présentent un pitoyable rapport de minorité de quatre pages (contre les plus de 300 pages du rapport de majorité !), quelques heures à peine avant la séance budgétaire, qui n'est que l'ébauche d'un tract de meeting visant avant tout à faire de l'obstruction: pas l'ombre d'une proposition.

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Ces démonstrations, qu'elles relèvent des donneurs de leçons ou des velléitaires, ne seraient que pur folklore si elles n'avaient de répercussions directes sur la vie des citoyens.

Il est bien là, le paradoxe dans ce PLR, aréopage pétri de suffisance, qui hurle aux charges inutiles, veut baisser les salaires des conseillers administratifs et diminuer les jetons de présence des conseillers municipaux mais qui vote le retour en commission des finances, se rendant ainsi responsable de plus de 200'000 francs de charges supplémentaires (en jetons de présences, en frais de bouche, et en heures supplémentaires). 

Il est aussi là, le paradoxe dans le groupe Ensemble à Gauche, et dans le MCG (toujours prêt à s'agiter pour se donner de l'importance), deux partis alliés de circonstance, deux Bouvard et Pécuchet de la gestion municipale, apparemment tournés vers les plus démunis, mais qui confisquent la délibération du budget, rendant ainsi impossible la moindre création de poste, générant - par retour de bâton - de l'incertitude pour des emplois menacés.

Les extrêmes de droite et de gauche ont rendu possible cette scandaleuse situation d'aléatoire, ont fait basculer un vote dans les mains des représentants des plus nantis.

Pour le simple caprice de se donner une importance.

 

15:08 Publié dans Conseil Municipal, Finances, Genève | Tags : budget, amendement, commission des finances | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

27/01/2016

Pour 1500 briques t'as plus rien. Sauf Jean Nouvel.

Dans le cadre de la réalisation du CEVA, l’État a commandité un rapport d'experts afin d'évaluer les risques de surcoût et leur provenance. Il en ressort que ce sont bel et bien 200 millions de francs de risque de surcoût qui sont confirmés non plus comme des « risques » mais des probabilités. Et ce dans un canton dont la dette à ce jour avoisine les 14 milliards.

Parmi ces surcoûts que l’État va nous imposer, attachons-nous particulièrement à un poste. Un seul.

Je ne le choisis pas par hasard, je le sélectionne parce qu'il est en tête de tous les risques de surcoût, d'une part, et qu'il intéresse la population pour une autre raison également, puisque la personne impliquée dans les causes de ce surcoût probable est un partenaire majeur d'un autre grand chantier qui a une actualité à Genève.

Je veux parler des « briques de verre » conçues par Jean Nouvel pour cinq stations du CEVA. Ces espèces de blocs translucides n'existent pas sur le marché, ils sortent tout droit de l'imaginaire (fertile, certes) de Jean Nouvel, mesureront un peu plus de cinq mètres de long pour moins de trois mètres de large, et seront au nombre de 1'500. On estime aujourd'hui que ces « parois transparentes » coûteront au canton 45 millions de plus que prévus.

Vous avez bien lu! Chaque brique de Jean Nouvel coûtera 30'000 francs de plus.

Un peu comme si l'on vous annonçait qu'entre le moment où vous l'avez pris en rayon et le passage à la caisse, votre baguette avait augmenté de 100 francs! Pire, le rapport conclut que le risque de surcoût du travail de Jean Nouvel est plus probable (et plus cher!) que si le terrain venait à s'affesser entre Champel et Pinchat suite aux travaux de percement!

Voilà qui devrait nous alerter, nous citoyens genevois, au moment de se prononcer le 28 février à propos de la rénovation et l'agrandissement du Musée d'Art et d'Histoire.

Rappelons que l'estimation des travaux du MAH a déjà été réévaluée (de 40 à 80 millions, puis aujourd'hui à 140 millions), rappelons qu'aucun plafond n'a été prévu au niveau des dépenses de ces travaux, rappelons que le budget avancé ne tient pas compte des coûts de fermeture du musée durant les 6 ans de travaux, rappelons surtout le parcours de Jean Nouvel dans son implication des surcoûts de chantiers emblématiques :

la Philharmonie de Paris (budget 110 millions d’euros, coût effectif à ce jour 390 millions d’euros), les bains des Docks du Havre (budget 20 millions, coût final majoré de 35 %, soit 7 millions supplémentaires), le Kultur und Kunst Zentrum de Lucerne (réparations urgentes du toit après 12 ans seulement alors qu'il devait tenir 80 ans : 30 millions), ou l’opéra historique de Lyon (budget 13 millions d’euros, coût réel 70 millions).

Un dernier rappel, et non des moindres. Les partisans du projet du MAH nous rebattent les oreilles pour asséner qu'une partie des coûts est prise en charge par des financeurs privés. C'est vrai.

Mais ils oublient de préciser qu'en cas de dépassement de ces coûts (et nous constatons que cela risque d'être inéluctable), c'est la seule Ville de Genève qui en assumera financièrement le poids. Autrement dit chaque contribuable, dans une ville dont la dette est aujourd'hui de 1 milliard 500 millions.

15:47 Publié dans Culture, Genève, Votations | Tags : jean nouvel, mah, dépassement, budget | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

15/12/2015

Mon intervention contre la coupe de 10% sur le budget culturel en ville de Genève

Mesdames et Messieurs de la droite échancrée, je pense que « sabrer dans le budget » est pour vous « un projet de société ».

C'est un projet petit, car il transpire la revanche.

C'est un projet cynique, car il assume son mépris pour une part importante de la population.

C'est un projet glacial, car il marque le début d'une série d'attaques sur les personnes les plus précarisées.

C'est un projet triste parce que vous n'avez plus de rêve.

Je n'articulerai aucun chiffre, cette comptabilité je vous la laisse. Elle ne vous arrange que trop pour jeter un voile de pudeur sur des situations que vous feignez d'ignorer, mais que nos citoyens doivent connaître.

Le magistrat Sami Kanaan vous l’a dit : ces coupes maladroites, inconséquentes auront des répercussions réelles dans les projets culturels. A qui espérez-vous faire croire que ces amputations n’auront aucun effet humain ?

Selon les secteurs:

C’est l’encouragement à un jeune auteur qui sera supprimé.

C’est le mandat d’un administrateur à renégocier.

C’est un décor à abandonner.

C’est des costumes qui ne verront pas le jour.

C’est un moyen-métrage qui sera court.

C’est un concert qui sera annulé.

C’est un enregistrement qui ne se fera pas.

C’est une maquilleuse qui restera au chômage.

C’est une tournée qu’il faudra repousser.

et j’en passe…

Et donc autant de livres qui ne verront pas le jour, de productions qui seront fragilisées, de renoncements esthétiques, de carrières empêchées, de chômage prolongé, et surtout – surtout – et c’est là le paradoxe, autant d’occasions pour des entreprises culturelles de générer du rendement autour de leurs projets.

On vous l’a assez dit, mais il semble bon de vous le rappeler : chaque franc investi dans une subvention en rapporte davantage à la collectivité.

C’est vraiment regrettable pour ne pas dire IGNARE de vous priver, de priver nos citoyens de cette manne indirecte.

Le voilà, votre projet de société, Mesdames et Messieurs de la droite évasée :

AUJOURD'HUI: suppressions pures et simples de certaines manifestations culturelles ET QUOI DEMAIN ?

AUJOURD'HUI: mise en danger de la diversité de notre scène locale ET QUOI DEMAIN ?

AUJOURD'HUI: offres culturelles et accès à la culture réduits ET QUOI DEMAIN ?

AUJOURD'HUI: restrictions dans l'édition et la publication ET QUOI DEMAIN ?

AUJOURD'HUI: frein à la promotion d'auteurs, de chorégraphes, de metteurs en scène, de musiciens, et de tous nos talents émergents ET QUOI DEMAIN ?

AUJOURD'HUI: pertes d'emploi dans de nombreux secteurs ET QUOI DEMAIN ?

Demain, et dans un an, et les ans qui suivront vous continuerez cette destruction têtue de tout ce qui peut constituer une politique cohérente en matière de lien social, d'intégration, d'égalité, de solidarité, de lutte contre l’exclusion.

Vous vous acharnerez de manière forcenée à vous en prendre à tout ce qui élève l'humain. Oui ! votre projet de société est de mener une politique de castes.

Il y a quelques semaines, Mesdames et Messieurs de la droite boursoufflée, vous faisiez vos sucrées pour quelques coups de peinture sur des vitrines, mais aujourd'hui vous vous comportez comme des vandales.

Oui, Mesdames et Messieurs de la droite superprotéinée, votre projet de société est un projet de vandales ; vous vous en prenez à toutes ces personnes déjà précarisées, pour les exclure un peu plus.

Vous ne voulez pas d'assistés ? Mais vous les créez !

Vous fustigez les chômeurs ? Mais vous détruisez les emplois !

Vous déplorez qu’il y ait trop de bénéficiaires de l'Hospice ? Mais vous leur ouvrez la porte !

Voilà pourquoi votre projet de société est petit, cynique, glacial et triste.

Quand il voyait que l'on coupait dans le budget des arts au nom de l'effort de guerre, Winston Churchill demandait : pourquoi alors nous battons-nous ? Oui, pourquoi ? Quel est votre projet de société, Mesdames et Messieurs de la droite élastique ?

Nous ne sommes pas en guerre, Mesdames et Messieurs de la droite empâtée, ne la déclarez pas à la population, ne vous trompez pas de cible, et renoncez à ces coupes ravageuses.

02:29 Publié dans Conseil Municipal, Culture, Finances, Genève | Tags : culture, budget | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |