15/04/2014

LISTE JORNOT DETOURNEE

 

Un peu de légèreté ne nuit pas, y compris dans une campagne pour le poste de Procureur Général. La compétence et la fermeté tant clamées par le candidat sortant ont été prises en défaut sur sa liste de soutien, laissée sans le moindre filtre (pourtant élémentaire précaution de sécurité à la portée du webmaster le plus novice).

Quelques camarades et moi avons pris, l'espace de quelques heures, cette liste comme terrain de jeu pour aligner les patronymes les plus fantaisistes, et les calembours les plus "grotesques" (selon Sophie Creffield, secrétaire générale du PLR).

Ci-dessous le texte de revendication que j'ai écrit (inspiré par Ravachol, et co-signé par mes camarades toxiques et pernicieux)

"Nous revendiquons l'inscription de Bisoune Urs, Elpic Larissa, Cepa Juste, Huilda Rachid et autres éminents supporters sur la liste de soutien d'Olivier Jornot.

 

Si nous prenons la parole, ce n’est pas pour nous défendre des actes dont on pourrait nous accuser, car seule la société, qui par son organisation met les hommes en lutte continuelle les uns contre les autres, est responsable. En effet, ne voit-on pas aujourd’hui dans toutes les classes et dans toutes les fonctions des personnes qui désirent, nous ne dirons pas la mort, parce que cela sonne mal à l’oreille, mais le malheur de leurs semblables, si cela peut leur procurer des avantages. Exemple : un candidat ne fait-il pas des vœux pour voir un concurrent disparaître ; tous les locataires en général ne voudraient-ils pas, et cela réciproquement, être seuls à jouir des avantages que peut rapporter l'obtention d'un appartement? Le détenu sans espace vital ne souhaite-t-il pas, pour obtenir de la place, que pour un motif quelconque celui qui partage sa geôle en soit rejeté? Eh bien, dans une société où de pareils faits se produisent on n’a pas à être surpris des actes dans le genre de ceux dont nous nous accusons, qui ne sont que la conséquence logique de la lutte pour l’existence que se font les hommes qui, pour rire, sont obligés d’employer toute espèce de moyen. Et, puisque chacun est pour soi, celui qui est dans la tristesse n’en est-il pas réduit à penser : "Eh bien, puisqu’il en est ainsi, nous n’avons pas à hésiter, lorsque nous déprimons, à employer les moyens qui sont à notre disposition, au risque du ridicule ! Les patrons, lorsqu’ils renvoient des ouvriers, s’inquiètent-ils s’ils vont mourir de faim ? Tous ceux qui ont du superflu s’occupent-ils s’il y a des gens qui manquent des choses nécessaires ?"

 

Comment admettre que tout est drôle dans la société, quand le contraire se voit d’une façon aussi claire ? Il y a bien des gens qui plaindront toutes ces victimes, mais qui vous diront qu’ils n’y peuvent rien. Que chacun se débrouille comme il peut ! Que peut-il faire celui qui manque du nécessaire en travaillant, s’il vient a chômer ? Il n’a qu’à se laisser mourir de faim. Alors on jettera quelques paroles de pitié sur son cadavre. C’est ce que nous avons voulu laisser à d’autres. Nous avons préféré nous faire toxiques, pernicieux, potaches et grotesques. Nous aurions pu mendier : mais c’est puni par vos lois qui font un délit de la misère. Si tous les neurasthéniques, au lieu de geindre, projetaient des tartes à la crème pour tous les prétextes, les arrogants comprendraient peut-être plus vite qu’il y a danger à vouloir consacrer le tout sécuritaire, où l’inquiétude est permanente et la liberté menacée à chaque instant.

 

On finira sans doute plus vite par comprendre que les humoristes grotesques ont raison lorsqu’ils disent que pour avoir la tranquillité morale et physique, il faut brocarder les causes qui engendrent la sinistrose et les sinistres.

 

Voilà pourquoi nous avons commis les actes que l’on sait et qui ne sont que la conséquence logique d'un manque de protection informatique d’une liste de soutien qui ne fait qu’augmenter le nombre de ses victimes par son absence de rigueur ; on dit qu’il faut être cruel pour railler son semblable, mais ceux qui parlent ainsi ne voient pas qu’on ne s’y résout que pour éviter d'être accablé par les jocrisses. De même, vous, messieurs les jurés, qui, sans doute, allez nous condamner moralement, parce que vous croirez que c’est une nécessité et que notre condamnation sera une satisfaction pour vous qui avez horreur de voir froncer nos zygomatiques, mais qui, lorsque vous croirez qu’il sera utile de les froncer pour assurer la paix de votre contentement, n’hésiterez pas plus que nous à le faire, avec cette différence que vous le ferez sans ressentir aucun frisson, tandis que, au contraire, nous nous agissions pour le plaisir, pour la fraîcheur et pour la légèreté.

 

Oui, nous le répétons: c’est la société qui fait les criminels, et au lieu de les frapper, vous devriez employer votre intelligence et vos forces à transformer la société. Du coup, vous supprimeriez tous les crimes ; et votre œuvre, en s’attaquant aux causes, serait plus grande et plus féconde que n’est votre justice qui s’amoindrit à punir les effets.


Catherine Armand, Helena de Freitas, Pierre Gauthier, Stéphane Guex-Pierre et Marcel Chombier"

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10:26 Publié dans Genève, Humeur | Tags : bayenet, jornot | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | |