14/03/2016

Laïcité

Suite à ma question au Conseil Administratif de Genève portant sur la présence d'une employée municipale voilée en contact avec le public, des réactions ça et là offusquées de représentants de la gauche (identifiés comme intellectuels pour certains, élus pour d'autres) ont fusé. Mélangeant tout, associant la laïcité à de l'intolérance, confondant port du voile et étendard de la liberté de la femme, ces histrions ont réussi la prouesse d'opposer le choix personnel à la Constitution et à la loi, marquant au passage leur duplicité face à la démocratie.

Le ridicule est allé jusqu'à la provocation volontaire de trois élus, deux (malheureusement) d'Ensemble à Gauche, et l'un du MCG, chaque camp s'opposant en brandissant des signes ostentatoires religieux : voile d'un côté contre croix de l'autre. De tout ceci n'est sorti que le goût amer d'une main mise des communautaristes pour corrompre le débat, mieux l'empêcher.

Des mises au point s'imposent, à commencer par rappeler ce qu'est la laïcité. Pas « la laïcité à la française », ou « à l'anglaise » voire à « la québecoise », comme on dirait « planter des choux à la mode de chez nous », pas la « pseudo-laïcité » que brandit Marine Le Pen, ou le porteur de croix MCG, qui ne sont que des agents d'une suprématie chrétienne (donc islamophobe), mais bien LA laïcité.

La laïcité n'est pas un courant esthétique, encore moins une agence de relooking ; il n'est point donc question de débattre sur le choix de porter un vêtement ou accessoire de mode dans le cadre d'une activité professionnelle, mais bien de défendre le principe inaliénable de la neutralité religieuse lorsqu'il est question du port de signes religieux ostentatoires dans le cadre des affaires de l’État.

Les restrictions ne s'appliquent donc pas à la liberté d'avoir une religion, mais plutôt à la manifestation de cette religion. Et encore une fois lorsqu'il est question d'affaires ou d'agents de l’État (Etat étant ici à prendre au sens de la Constitution, donc autorités cantonales et communales).

La définition de la neutralité est également capitale, puisque la Constitution Genevoise parle de neutralité religieuse de l’État.

La neutralité n'est pas, comme le pensent beaucoup, le fait de ne pas se mêler des croyances de chacun (ce qui, dit en passant, rappelle que la croyance ou la non-croyance sont bien du domaine du privé et de l'intime), mais le fait de ne pas privilégier une croyance au détriment d'une autre.

Or, pour l’État, autoriser la manifestation d'une croyance à l'un des ses employés ou représentants serait bel et bien prendre parti pour cette croyance au détriment de toutes les autres ; ce serait là ce que la Convention de Sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales(1) nomme dans son article 17, un abus de droit, puisque la liberté de religion que certains brandissent avec l'alinéa 1 de l'article 9 de la même convention, mettrait un « trouble à l'ordre public » tel que défini dans l'alinéa 2 de l'article 9 également, étant entendu comme le disent Robert Charvin et Jean-Jacques Sueur(2), que « la liberté de religion est par la force des choses un lieu de tension démocratique ».

Contrairement à ce que l'intoxication communautariste tente de faire croire au public, il n'existe ni tentative, ni volonté d'interdire le port du voile dans la rue (ou de tout autre signe ostentatoire d'une autre croyance, car il ne s'agit pas de s'en prendre aux musulmans) mais bien de rappeler aux représentants de l'Etat (élus, agents) de ne pas manifester leur appartenance à une religion lors de l'exercice de leurs fonctions ou de leur activité professionnelle.

 

(1) http://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/convent...
(2)Robert Charvin et Jean-Jacques Sueur "Droits de l’homme et libertés de la personne", Litec, Paris (1994)

 

11:10 Publié dans Genève, Laïcité | Tags : laïcité, croyance, etat | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |