05/05/2016

Problèmes de "sous-"

La politique aime à le rappeler quotidiennement, elle est un sport où l'on prend des coups, c'est dans l'ordre des choses. C'est fait avec plus ou moins de fair-play, avec plus ou moins de talent, cela est surtout consécutif de la classe de l'adversaire, ou de son envie d'en découdre, voire de casser l'autre. Toute personne qui s'engage en politique doit y être préparé. Je l'étais. Je le suis toujours.

Me voilà intronisé, puisque la presse dominicale m'a fait mon baptême de caniveau. Le droit de réponse est une parade vaine; le mal étant fait, ce qui est lu ou dit en premier marque toujours plus que ce qui lui répond. (« calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose »).
Aussi, ne me bornerai-je qu'à rectifier quelques lignes de l'histoire racontée et m'attarderai plutôt sur les enseignements qui, eux, sont d'un véritable "intérêt public", ce fameux intérêt public invoqué par un interviewer en quête d'angle vendeur. Le reste n'est évidemment que "littérature".

Dans mon affaire, les détracteurs les plus visibles et virulents (tous majoritairement liés au milieu immobilier ou aux partis qui les représentent, c'est évidemment un hasard) passent sous silence certains points. Je les comprends, l'histoire est tellement plus simple lue sans ces "détails". Détails insignifiants au demeurant puisqu'ils se réfèrent au droit du bail.

Oui, j'ai réclamé à plusieurs reprises un contrat de sous-location en bonne et dûe forme. Sans succès. C'est un détail.
Oui, il y a obligation de déclarer une sous-location à sa régie. Cela n'a jamais été fait malgré mes demandes. C'est un détail.
Oui, j'ai saisi la justice. Car il existe des délais légaux pour mettre terme au bail d'un sous-locataire. C'est un détail.
Oui, il y a eu un accord sur les modalités de sous-location et leurs conditions. Il arrangeait les deux parties. C'est un détail.

Oui, je n’ai pas dérogé sur les termes de cet engagement mutuel et je m’y suis conformé. C’est un détail.
Oui, j'ai une dette. Je me suis dès le début engagé à la rembourser dès retour à meilleur situation financière. Ma parole tient toujours. C'est un détail.

Devant la porte close, cacher à son fils de sept ans qu'on se retrouve sans logement, devoir inventer un motif pour expliquer qu'il ne dormira pas dans son lit ce soir, et que les vacances avec son père s'achèvent avant terme, plus tard être réintégré par la justice mais ne retrouver aucune des affaires de ses enfants. Trouver les mots rassurants pour dire à son garçon que son doudou a disparu et promettre de tout faire pour le récupérer. Evidemment ce n'est que de l'humain tout cela. Désigner une victime et un salaud par des raccourcis vendeurs, en passant sous silence les détails et l'humain, c'est plus séduisant.

Combien sont-ils à Genève, astreints à une quasi-clandestinité ? Dormant dans leur voiture, sur le canapé d'amis ou dans la précarité d'une sous-location sans contrat à la merci d'une lubie ou d'un « stress » de leur sous-bailleur. Combien luttent quotidiennement pour relever la tête et la sortir de l'eau ?

Et combien sont-ils, en face, à pouvoir louer simultanément plusieurs logements ? Combien profitent de ce pouvoir en pratiquant l'usure (ce ne fut pas le cas dans mon affaire) ou en pensant prétendre traiter leurs sous-locataires comme des vassaux ?

N' en déplaise aux ultras-libéraux, il y a des droits, y compris pour les plus faibles d'entre nous.

J'imagine que c'est effectivement irritant pour certains que je n'aie fait que faire respecter le droit du bail.

22:06 Publié dans Logement | Tags : bail, sous-location, précarité | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

14/03/2016

Laïcité

Suite à ma question au Conseil Administratif de Genève portant sur la présence d'une employée municipale voilée en contact avec le public, des réactions ça et là offusquées de représentants de la gauche (identifiés comme intellectuels pour certains, élus pour d'autres) ont fusé. Mélangeant tout, associant la laïcité à de l'intolérance, confondant port du voile et étendard de la liberté de la femme, ces histrions ont réussi la prouesse d'opposer le choix personnel à la Constitution et à la loi, marquant au passage leur duplicité face à la démocratie.

Le ridicule est allé jusqu'à la provocation volontaire de trois élus, deux (malheureusement) d'Ensemble à Gauche, et l'un du MCG, chaque camp s'opposant en brandissant des signes ostentatoires religieux : voile d'un côté contre croix de l'autre. De tout ceci n'est sorti que le goût amer d'une main mise des communautaristes pour corrompre le débat, mieux l'empêcher.

Des mises au point s'imposent, à commencer par rappeler ce qu'est la laïcité. Pas « la laïcité à la française », ou « à l'anglaise » voire à « la québecoise », comme on dirait « planter des choux à la mode de chez nous », pas la « pseudo-laïcité » que brandit Marine Le Pen, ou le porteur de croix MCG, qui ne sont que des agents d'une suprématie chrétienne (donc islamophobe), mais bien LA laïcité.

La laïcité n'est pas un courant esthétique, encore moins une agence de relooking ; il n'est point donc question de débattre sur le choix de porter un vêtement ou accessoire de mode dans le cadre d'une activité professionnelle, mais bien de défendre le principe inaliénable de la neutralité religieuse lorsqu'il est question du port de signes religieux ostentatoires dans le cadre des affaires de l’État.

Les restrictions ne s'appliquent donc pas à la liberté d'avoir une religion, mais plutôt à la manifestation de cette religion. Et encore une fois lorsqu'il est question d'affaires ou d'agents de l’État (Etat étant ici à prendre au sens de la Constitution, donc autorités cantonales et communales).

La définition de la neutralité est également capitale, puisque la Constitution Genevoise parle de neutralité religieuse de l’État.

La neutralité n'est pas, comme le pensent beaucoup, le fait de ne pas se mêler des croyances de chacun (ce qui, dit en passant, rappelle que la croyance ou la non-croyance sont bien du domaine du privé et de l'intime), mais le fait de ne pas privilégier une croyance au détriment d'une autre.

Or, pour l’État, autoriser la manifestation d'une croyance à l'un des ses employés ou représentants serait bel et bien prendre parti pour cette croyance au détriment de toutes les autres ; ce serait là ce que la Convention de Sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales(1) nomme dans son article 17, un abus de droit, puisque la liberté de religion que certains brandissent avec l'alinéa 1 de l'article 9 de la même convention, mettrait un « trouble à l'ordre public » tel que défini dans l'alinéa 2 de l'article 9 également, étant entendu comme le disent Robert Charvin et Jean-Jacques Sueur(2), que « la liberté de religion est par la force des choses un lieu de tension démocratique ».

Contrairement à ce que l'intoxication communautariste tente de faire croire au public, il n'existe ni tentative, ni volonté d'interdire le port du voile dans la rue (ou de tout autre signe ostentatoire d'une autre croyance, car il ne s'agit pas de s'en prendre aux musulmans) mais bien de rappeler aux représentants de l'Etat (élus, agents) de ne pas manifester leur appartenance à une religion lors de l'exercice de leurs fonctions ou de leur activité professionnelle.

 

(1) http://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/convent...
(2)Robert Charvin et Jean-Jacques Sueur "Droits de l’homme et libertés de la personne", Litec, Paris (1994)

 

11:10 Publié dans Genève, Laïcité | Tags : laïcité, croyance, etat | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

22/02/2016

MAH, derniers mots

En marge de la votation du MAH a eu lieu une excellente initiative, puisque était organisée une visite guidée et commentée par deux historiennes de l'art ; ceci afin de mettre en lumière les atteintes à l'intégrité du Musée d'Art et d'Histoire par le "projet Nouvel".


Au passage, il convient de saluer le fair-play du directeur du MAH, qui – bien que partisan du projet - a accueilli cette visite avec professionnalisme. Autrement plus pittoresque, voire ridicule, la présence de quelques partisans du projet, dont des élus déguisés en courtisane ou en bon petit soldat, venus « troller » la visite pour jouer les trouble-fête.

Mais quittons l'anecdotique pour s'attacher à trois points que nos deux guides du jour ont parfaitement mis en lumière.

Equilibre rompu

snapseed-02-01.jpegObservons l'alignement actuel du MAH et de l'ancienne Ecole des Beaux-Arts; nul n'a besoin d'être architecte pour constater la cohérence entre les deux bâtiments, tant au niveau des socles, que de la taille des fenêtres, que du placement des corniches ou de leur hauteur. Ceci est renforcé par les arches édifiés entre les deux bâtiments, qui les unissent et disent implicitement leur lien.

Les interventions de Jean Nouvel briseront cette harmonie, pire la nieront, avec la surélévation conséquente (bien que diminuée déjà par rapport au projet initial) qui permettrait l'installation d'un restaurant au sommet.

 

Assombrissement

snapseed-01.jpegCamoletti avait judicieusement pourvu le musée d'éclairage naturel zénithal, comme l'atteste la photo. A une période où le réseau électrique n'était pas répandu, cela répondait à une nécessité évidente.

Aujourd'hui, est-il vraiment pertinent de condamner ces sources de lumière naturelle au prétexte de la modernité ? Car la nouvelle structure prévue sur le toit occultera de fait 50% de cette arrivée de lumière.

 


Désinformation

snapseed-03.jpegOn a beaucoup glausé sur la cour intérieure ; les partisans du OUI allant jusqu'à la qualifier d'inutile, de dépotoir, de ruine, de laideur. Certains ont même poussé l'ignorance crasse (ou la mauvaise foi) jusqu'à expliquer qu'on y stockait de vieilles pierres sans grand intérêt (sic). Or, depuis l'origine du Musée d'Art et d'Histoire, le promenoir de la cour (voir photo) est destiné à l'épigraphie(¹) et c'est donc dans une logique concertée que les inscriptions lapidaires y sont exposées. Certes, comme il a été relevé par nos deux guides, l'ordonnancement et le soin apportés à ces sujets d'études ont été curieusement négligés ces derniers temps, mais la présence de ces stèles n'a rien qui ne soit dû au hasard.

Concernant les étages de verre que l'architecte Nouvel voudrait accrocher à la paroi de la cour, il convient de relever – et un simple examen de la propre maquette du projet officiel suffit à le constater – qu'ils n'auront jamais la légèreté, la transparence et la finesse annoncées.

En d'autres termes, comme il est d'ailleurs visible sur les images de synthèse projetées par les initiateurs du projet, sans recours à un éclairage artificiel conséquent, tout sera baigné dans le noir.

Dernier mot sur la cour dans son état actuel. Elle est certes défraîchie, laissée à un relatif abandon (volontaire?), mais qui, après l'avoir visitée ces jours, ou ayant assisté à un concert nocturne ou à un spectacle de danse lors d'une édition de la Fête de la Musique, qui donc pourra prétendre que cette cour n'a aucun charme, qui pourra justifier la nécessité de la faire disparaître, qui pourra légitimer la destruction aberrante de ce havre au milieu de notre cité ?

Après examen de la convention contraignante liant la ville à un prétendu mécène, après vision des plans, puis de la maquette, j'avais déjà clairement arrêté mon choix sur un NON à ce projet. Cette visite guidée m'a davantage ouvert les yeux sur la couleuvre architecturale que l'on voudrait nous faire avaler, je persiste et je signe, le 28 février ce sera NON.

 

(¹) épigraphie: science auxiliaire de l'histoire, qui étudie les inscriptions sur matière durable, comme la pierre et le métal. Elle est particulièrement utile dans la connaissance de l'histoire des civilisations antiques, dont la plupart des documents périssables a disparu.

15:36 Publié dans Culture, Genève, Votations | Tags : musée d'art et d'histoire, mah, nouvel, architecture, camoletti | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |