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SGP_Masque.jpgNous travaillons avec un masque depuis une dizaine de jours.

 
Ce dérisoire rempart de papier est avant tout destiné à protéger nos résidants durant les soins, puisque tout comme nous, ils sont à portée directe de ce que nous appelons la "transmission par gouttelettes".
 
Nous continuons évidemment de respecter drastiquement les mesures de sécurité et d'hygiène, nous les anticipons-même, puisque notre lieu de travail est davantage nettoyé, désinfecté que tout autre lieu susceptible d'accueillir des personnes en réunion. Nous nous battons avec nos moyens pour que ce lieu de vie demeure étanche à toute intrusion virale. La lutte est devenue une seconde nature.
 
Du côté des résidants, nombreux ne perçoivent pas ce qui se passe, je le constate. Les troubles cognitifs, la perte de mémoire, certaines démences les "épargnent", les placent dans un confinement mental qui a pour effet de ne pas leur faire prendre la mesure de l'actualité.
En partie du moins, car ce masque que nous portons en permanence durant 8 heures, qui est la protection principale (avec le nettoyage régulier, obsessionnel même, des mains) contre ce que nous pourrions amener de l'extérieur, ce masque est aussi un obstacle dans la relation puisque beaucoup de nos résidants ont besoin de nos visages. Ils s'y raccrochent  pour lire dans nos expressions si la personne qui se trouve en face d'elle est bienveillante ou non. Or, le masque malheureusement brouille la "lecture", peut créer une méfiance voire une angoisse, et rendre les soins difficiles ou conflictuels.
 
Alors il faut "réapprivoiser", regagner la confiance, beaucoup rassurer dans un contexte où ils nous sentent tendus, fatigués psychologiquement, et où l'absence des visages des proches peut commencer à peser.
 
Nos mains, nos voix, nos corps sont là, mais nous sommes "dé-figurés". Nos visages manquent, soulignant par leur absence l'absolue évidence que l'humanité naît d'abord par la lumière d'un visage tourné vers soi. Du premier jour au dernier souffle, notre nature dépend de ce miroir qu'est l'autre en nous présentant son visage. Le dissimuler est un acte violent. Il faut le compenser par une patience accrue et une douceur renforcée, dans un contexte où l'impérieux objectif est de mener chacun "à bon port".

Commentaires

  • Merci pour ce beau texte plein de douceur et d'empathie.
    Merci aussi à tout le personnel soignant et autres des EMS.
    J'ai visité en gériatrie une amie de 94 ans décédée le 11 de ce mois. Bien-sûr, j'avais un masque. J'étais étonnée qu'elle ne me reconnaisse pas, qu'elle me demande qui j'étais... la voix donc ne suffit pas?

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