08/01/2018

Chacun son job !

En 2017, j'ai rédigé exactement 283 postulations. Soit en réponse à des offres d'emploi, soit par candidature spontanée. Je n'ai obtenu que 7 réponses. Sept ! En un an ! Toutes négatives, et pas la moindre proposition d'entretien. J'ai heureusement de l'expérience, un moral, et des compétences qui me valent de travailler régulièrement. Des petits mandats, mais fréquents, et renouvelés. Preuve que je suis efficace, fiable, apprécié. 

Par ailleurs, je sais (pour l'avoir soumis à différents experts en la matière) que mon CV est bon, tant dans sa présentation que dans son contenu, et que mes lettres de motivation sont irréprochables.


Le parcours du demandeur d’emploi n’est ni linéaire, ni dénué d’obstacles. On (l’État) lui demande beaucoup, c’est normal, il doit prouver sa motivation à retrouver du travail. On le contrôle autant, c’est légitime car il perçoit des indemnités. Indemnités qui, soit dit au passage, ne sont ni une obole, ni une fleur, mais un droit qu’il n’est donc en aucun cas honteux de percevoir, dois-je le rappeler.

Un demandeur d’emploi doit être pro-actif, pugnace, opiniâtre, rigoureux. Tout du long de son parcours, il lui sera répété qu’être demandeur d’emploi c’est à la fois être disponible à tout instant pour accepter un travail, tout en consacrant 8 heures par jour à la recherche d’un boulot. Très bien, c’est la loi, je ne conteste en rien sa pertinence. Mais si le demandeur d’emploi a des droits, notamment celui exprimé plus haut de percevoir des indemnités pendant la durée de son délai cadre, et qu’il a les devoirs dont j’ai dressé l’inventaire non exhaustif, qu’en est-il des devoirs des potentiels employeurs ?

Office Cantonal de l'Emploi, chômage, employeurs, travailIl n’existe bien évidemment aucun cadre légal dans lequel serait protocolé le comportement d’un éventuel employeur lorsqu’il reçoit une offre, qu’elle soit spontanée ou répondant à un appel. Il ne peut donc en aucun cas lui être reproché de ne pas répondre au candidat, ni de ne pas accuser réception de sa lettre de motivation, encore moins ne peut-il être blâmé de ne pas daigner signifier au demandeur que sa candidature n’a pas été retenue. Après tout, le chômeur comprendra « par défaut », explication logique et incontournable dont l’employeur potentiel tire bonne conscience. Pour les plus attentionnés, une succincte remarque en bas de l’annonce les dédouanera : «les candidats n’ayant reçu aucune réponse après trois semaines doivent considérer que leur offre n’a pas été retenue».

On ne peut que déplorer ce changement comportemental, cette absence de distinction face à celles et ceux qui se bagarrent quotidiennement pour retrouver une véritable place dans la société. A tout le moins peut-on espérer une prise de conscience de ces employeurs, attendre d’eux un peu plus d’empathie, les inciter à davantage de considération pour ces chômeurs. Particulièrement pour ceux de longue date, particulièrement pour ces pères et mères de famille qui se démènent, particulièrement pour toutes ces personnes pour qui un simple accusé de réception est déjà l’entretien de leur dignité, le signe qu’ils existent, qu’ils comptent, qu’ils sont encore là.

Mais qu’attendre alors des autres employeurs ? Je veux parler de ceux qui sont en relation avec l’Office Cantonal de l’Emploi (OCE), qui sont partenaires notamment dans la pratique qui est celle dite de « l’assignation » . Qu’est-ce que l’assignation ? L’assignation est une sorte d’ordre de marche donnée au chômeur pour postuler à un emploi dont il a été estimé qu’il avait les qualifications requises. En théorie, dans un contexte où la priorité est donnée à un demandeur d’emploi « indigène », où le chômeur est recommandé en quelque sorte par l’OCE, et où l’entreprise est partenaire de l’OCE puisqu’elle lui communique en primeur (je crois) les postes à pourvoir, les chances semblent plus grandes. Il n’est pas question ici de favoritisme, ou de garanties d’embauche (encore que les mesures d’allocations de retour en emploi sont un tremplin séduisant), mais d’un réseau mettant en relation de manière pertinente « celui qui demande » avec « celui qui offre ». Dans cette relation également, il est exigé du chômeur qu’il postule dans des délais très brefs et qu’il en fasse la preuve, qu’il produise à son conseiller en placement une copie de sa démarche, notamment de sa lettre de motivation, qu’il précise bien scrupuleusement sur ses preuves de recherches d’emploi ce qui est de l’ordre de l’assignation, et qu’il rende compte enfin de l’issue de sa démarche sitôt la réponse de l’entreprise obtenue. Rien que du légitime, oui. Mais voilà !

Trop d’entreprises ne jouent pas le jeu. Pourtant impliquées dans un partenariat avec l’OCE, certaines ne daignent pas même répondre au chômeur bénéficiaire d’une assignation. C’est un double mépris que de ne pas considérer une demande qui émane d’une personne recommandée par l’OCE, un signal ambigu consistant à accepter un partenariat avec l’OCE (dans quel intérêt) sans pour autant reconnaître les critères de sélection de ce partenaire.

Demander aux chômeurs d’être créatifs, ouverts, pro-actifs, entreprenants, audacieux c’est bien. Mais exigeons au minimum la pareille des recruteurs et des responsables des ressources humaines. Notre époque a changé, les parcours professionnels sont plus accidentés que par le passé, les chemins de vie des travailleurs ne sont plus de longs fleuves tranquilles. Le monde du travail doit tenir compte de ces paramètres. Il faut oser lire un CV atypique, avoir l’audace de rencontrer une personnalité forte plutôt qu’un parcours bétonné, il faut sortir de sa zone de confort et bouleverser ses certitudes en rencontrant des candidats singuliers. C’est par ces efforts d’employeurs que l’on dynamisera aussi l’univers mortifère de la quête d’un emploi. Un chômeur doit être en « état de marche », c’est-à-dire en bonne santé physique, mais aussi et surtout en bonne santé mentale. Son quotidien, fait de refus, de contrôle, d’espoirs, d’attentes sans réponses, et autres petites frustrations insidieuses et récurrentes l’enveloppe jour après jour d’un terne manteau de déprime. Il doit être fort. L’Office Cantonal de l’Emploi l’a bien compris : ses conseillers sont des interlocuteurs efficaces, bienveillants, réactifs et à l’écoute.

Il est de la responsabilité de tous les employeurs à qui s’adresse un chômeur, de lui donner cette fameuse force, à défaut d’un job. Un courrier, un appel, voire un entretien. Peu de choses pour qui tient le manche du couteau. Tout pour celles et ceux qui attendent, et qui se sentent jour après jour dépourvus, minés, insignifiants. Redonnons-leur ce moral-là. C’est le premier pas vers le retour à l’emploi.

09:20 Publié dans Emploi, Humeur, Social | Tags : office cantonal de l'emploi, chômage, employeurs, travail | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

Commentaires

La "Lex Uber" de Maudet développe tous ses effets, six mois après son entrée en vigueur, mon entreprise est vidée de son personnel. Je cherche donc désespérément des chauffeurs pour survivre.
Il parait que le permis de taxi est devenu une formalité. A bon entendeur...

Écrit par : Pierre Jenni | 08/01/2018

Prenez des Teslas en leasing, Pierre. Vous verrez, avec une pub adhoc, ca n`attirera pas seulement les clients mais aussi les chauffeurs. Apres, évidemment, on vous imitera mais rien n`est jamais acquis dans ce monde impitoyaaableu. Vous connaissez la rengaine: "Dallas, Ton univers impitoyaaableu... Dallas, Glorifie la loi du plus fooort... Dallas, et sous ton soleil implacaaableu... Dallas, Tu ne redouteu que la mooort..."

Écrit par : JJ | 08/01/2018

Un truc passablement rédhibitoire dans la recherche d`un emploi fixe, c`est l`age. Dans une situation de marché du travail ou pullulent les chercheurs d`emploi en-dessous de trente ans, les employeurs ne choisissent les plus de 30-35 ans que dans des cas particuliers. Un raison importante a cela est que les employeurs pensent, a juste titre, qu`un employé jeune est susceptible de supporter une plus grande charge de travail (heures supplémentaires ou "corvées") sans rechigner. Il y a aussi l`effet boule de neige de la durée de chomage qui fait que plus longtemps quelqu`un reste sans emploi fixe et moins il est attrayant du point de vue employeur car celui-ci a tendance a croire que le chomeur longue durée n`est plus dans le coup. Solution? Essayer et essayer encore en comptant sur la chance avec, pour consolation, de savoir qu`il y a de plus en plus de monde dans cette galere.

Écrit par : JJ | 08/01/2018

"Un courrier, un appel, voire un entretien."
Il était d'usage, autrefois, d'envoyer un accusé de réception à tout envoi adressé "dans les formes", c'est-à-dire signé avec indication du nom et de l'adresse de l'expéditeur.
C'était la reconnaissance de son existence en tant que membre de la communauté. Il semble que cet usage ait disparu ou soit en train de disparaître dans certains secteurs de l'administration publique.

Écrit par : Mère-Grand | 08/01/2018

A moins d'être hyper spécialisé le dossier d'un quadra (que dire d'un quinqua) est écarté automatiquement et n'arrive même pas en main du responsable RH.
Les offres sont nombreuses, elles arrivent de suisse et de partout. (200 à 400 offres pour un poste)
Imaginez que le responsable RH s'il le pouvait, se débarrasserait déjà d'une bonne partie de ses propres employés seniors (ou pas) quasiment tous obsolètes. (genre iphone 6 versus iphone X).
Le plus amusant c'est que lui-même, donc le responsable (la plupart des) RH est largué et dépassé.
La femme d'un ami qui travaille dans une agence de placement ma avoué qu'elle recevait
aimablement les quadras... mais n'envoyait jamais les dossiers à ses clients pour ne pas se faire rire au nez. Après deux ou trois relances le demandeur d'emploi finit par comprendre.. voilà la réalité,
Il reste le réseau, la chance, les petits jobs mais bon qui veut engager un "vieux" surqualifié pour un petit job ? un jeune fera l'affaire, de l'air frais et moins cher (2ème pilier).
Si vous ne recevez pas de réponses à vos offres c'est que le système informatique de l'employeur est mal géré et sans doute obsolète comme celui de 87 % des PME selon un récent sondage.

Bonne chance à vous (et à moi) cher Monsieur, force et courage et surtout finalement la santé !

Écrit par : vioc50 | 08/01/2018

Il y a quand meme un truc que je peux donner sur la base de ma propre expérience personnelle. Dans le CV et naturellement l`entretien quand il y en a, ne pas se restreindre a décrire ce que l`on sait et ce que l`on a fait mais mettre en avant ce que l`on peut concretement apporter a l`entreprise en question. Pour cela, il faut prendre le temps d`étudier un peu l`entreprise a laquelle on s`adresse, essayer de se mettre dans la peau de l`employeur. Beaucoup de CV et d`entretiens sont utilisés comme des rétroviseurs par le chercheur d`emploi alors que l`employeur, c`est évidemment l`avenir de sa boite qui l`intéresse. Il faut -pas toujours facile- montrer concretement a l`employeur qu`il sera gagnant s`il nous engage nous plutot qu`un autre. En clair, il faut arriver a se v e n d r e, ca n`est pas pour rien que l`on parle de "marché" de l`emploi.

Écrit par : JJ | 08/01/2018

Vos considérations sont absolument exactes. En plus de deux ans de chômage, j'ai un taux de réponse inférieur à 5% et cela y compris pour mes offres de candidature assignées par l'OCE. Je dois dire que même les services de l'Etat souvent ne répondent pas !
Problème supplémentaire : une fois qu'on a touché l'ensemble des prestations prévues dans le délai cadre, on sort de tout : plus d'assignation, plus d'accès aux offres spéciales de l'OCE, plus de réduction pour chômeurs (cinéma, théâtre, sport, etc.), rien. On sort même des statistiques des chômeurs. On devient transparent. C'est terrible, une espèce de 2e choc...

Écrit par : André | 10/01/2018

Le problème n'est pas chez les employeurs,il est à l'OCE, qui ne connait plus le marché de l'emploi du Canton. Le 5,1,2019, j'étais à Montbrillant à l'OCE, j'ai voulu consulter les bornes d'offre d'emploi. Pas une seule offre sur Genève dans l'Industrie, le même jour j'avais 23 offres sur Job-up et 8 sur indeed. Cherhez l'erreur! En 12 mois pas une seule assignation sur Genève, et seulement 5 assignation, à 60 ans peu de chances que sans assignation on vous invites à un entretien!La faute non pas aux conseillers mais à la direction de l'OCE.

Écrit par : Huggel Jean-Claude | 11/01/2018

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