17/11/2017

Auto-censure

Mercredi dernier, au conseil municipal de Genève, sur les débats d’actualité (chantier du Grand-Théâtre, burkini autorisé dans les piscines municipales), nous nous sommes retrouvés  bien seuls, mon collègue Pierre Gauthier et moi, à voter comme la droite.

Certains dans ces moments pourraient se demander si leur positionnement est adéquat, et s'ils occupent le bon côté du parlement.

Nous pas.

Au contraire.

C'est plutôt l'ensemble de la gauche qui devrait aujourd'hui se remettre en question, car le fond des sujets abordés était d'intérêt public, conforme à la réflexion que toute personne de gauche se doit d'avoir, a fortiori si elle a été élue pour porter la voix des citoyens.

Alors pourquoi cette gauche municipale reste-t-elle tête dans le guidon ?

Si l'on prend les deux sujets de mercredi, c'est facilement explicable et malheureusement symptomatique: les deux magistrats mis en cause étaient de notre bord. Ce facteur ajouté à celui de l'échéance électorale semble faire perdre toute objectivité aux municipaux PS, Verts et d'extrême gauche. Tétanisés par l'échéance électorale ces partis poussent la mauvaise foi jusqu'à la cécité. On en vient à raisonner de manière binaire : les gentils, les méchants. Les bonnes propositions de gauche, les sales demandes de droite. Les revendications légitimes de gauche, les demandes pernicieuses de la droite. 

Certes, il arrive également à la droite d'avoir cette lecture limitée, mais dans la mesure où elle est majoritaire, elle a beau jeu de mener le tempo dans la partition des débats. 

En conséquence, et comme mue par le syndrome de la chèvre de M. Seguin, la gauche sachant le combat perdu, entre dans un affrontement dogmatique au lieu d'être pragmatique. C'est bien là son erreur: pourquoi refuser d'entrer en matière sur des problématiques qui dépassent le seul clivage politique droite-gauche ?

Dans les sujets qui nous occupaient mercredi soir dernier, il était question du retard de chantier du Grand-Théâtre, et d'une modification de règlement des piscines municipales autorisant implicitement le port du burkini dans les piscines de la ville. 

Au nom de quelle idéologie, la gauche devrait-elle refuser une transparence tant dans le déroulement des travaux que dans les causes de ses retards ? Et si, comme l'affirme l'extrême-gauche, la manœuvre visant à obtenir cette transparence n'était qu'électoraliste, n'y aurait-il pas là un argument supplémentaire pour la soutenir ? Car enfin, électoralisme pour électoralisme, ne vaut-il pas mieux se présenter au peuple en tant que garant de la transparence plutôt que comme  le chantre de l'opacité  ? 

Dans le débat à propos du règlement des piscines, toujours suspicieuse et encline à voir dans chaque élu de droite un islamophobe qui somnole, la gauche empêtrée dans ses confusions a ressorti les vieux arguments essentialistes. Mais comment peut-on encore cautionner implicitement l'un des symboles de l'uniformisation du corps des femmes ? Sur la base de quel critère féministe peut-on justifier une tenue, non pas religieuse mais politique, qui ne dévoile que l'inéquité et la volonté d'asservissement ? Comment la gauche peut-elle ainsi mépriser toutes les femmes qui, dans toutes les parties du monde (n'en déplaise aux féministes racialistes) se battent et parfois au péril de leur vie pour se défaire de ces carcans imposés par des religieux d'un autre âge ? 

Alors oui, je me sens plus que jamais à ma place à gauche, avec mon camarade de parti Pierre Gauthier, à défendre des valeurs qui sont bien de gauche, ou du moins sur lesquelles la droite n’a pas à s’arroger le moindre monopole, ni la gauche à les lui abandonner.

19:01 Publié dans Conseil Municipal, Droite, Gauche, Genève | Tags : grand-théâtre, burkini, piscines | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

Commentaires

"Alors oui, je me sens plus que jamais à ma place à gauche"
Je suis quelque peu rassuré à la lecture de votre texte, car j'ai, moi, de plus en plus de peine à voter avec conviction à gauche.

Écrit par : Mère-Grand | 17/11/2017

Bravo Stephane ! Comme l'explique très bien Patrick Kessel (Libération), l'idée de renégocier les principes républicains sort en fait des officines de l'extrême droite des années 70, lorsque cette dernière cherchait à légitimer l'apartheid sud-africain au nom de différences entre blancs et noirs. "le procès en islamophobie que veut nous faire l'extrême gauche est une véritable imposture".

Écrit par : Magali Orsini | 17/11/2017

Cela fait plaisir et en même temps cela rassure de savoir qu'il existe encore quelques authentiques socialistes dans notre pays. Les instances dirigeantes du parti doivent se ressaisir car les socialistes ou sympathisants sont de plus en plus nombreux à considérer que les valeurs auxquelles ils sont attachés sont actuellement mieux défendues par l'UDC que par le PS. C'est particulièrement vrai dans le canton de Vaud, où j'habite.

Écrit par : Mario Jelmini | 18/11/2017

Les djihadistes qui reviennent de Syrie vont apprécier la bonne volonté de notre gouvernement concernant les burkinis! Rappelons que sur les sites musulmans d'internet, on veut imposer aux femmes la burqa et les gants, j'attends donc pour voir jusqu'où nos politiciens vont descendre dans les bassesses!

Écrit par : dominique degoumois | 18/11/2017

Et l'étape suivante, comme en France ce sera la majorité sexuelle des femmes à 11/13 ans!

Écrit par : dominique degoumois | 18/11/2017

Une question:

Les progrès concernant la classe ouvrière en Suisse ne furent-ils pas dus au parti radical d'alors?

Grandes et brillantes personnalités pour lesquelles l'élection n'était pas but mais moyen... exactement le contraire de ce qui se passe aujourd'hui et qui signe la fin de notre civilisation.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/11/2017

Si si le parti radical, mais d’alors, qui était à la gauche du parlement... même un des fondateur, je crois Georges Favon disait, entre autres, "pas de progrès sans progrès social"

Écrit par : Félix | 24/11/2017

Merci Stéphane pour ce billet. Je ne me reconnais plus dans cette gauche qui s'est laissée pétrir de métonymie et prendre à son propre piège de la démagogie. Elle agit exactement dans le sens que leurs manipulateurs attendaient.

Comme je l'ai toujours pensé, cet Arc en Ciel de la Gauche est simplement le sous-produit du capitalisme et d'une droite plutôt libertarienne. Lesdits libertariens décrètent ce qui est bien ou mal pour les autres, eux se mettre à l'abri de tout, notamment dans un parlement, ils se conduisent en dominateurs qui imposent leur point de vue. Leur place, logiquement il ne devrait pas sy trouver, mais plutôt à l'extérieur comme opposition, comme contre pouvoir et de préférence contre le peuple tout en l'utilisant. Ils ont la vision du peuple comme masse monolithique qu'il faut soumettre ou déjouer avec ses instances.
Là. dans ce cas, elle est à la fois dehors et dedans. Elle joue l'infiltration qui neutralise toute action populaire en même temps qu'elle tire les ficelles du pouvoir.

Pourquoi cette gauche est-elle le sous-produit du capitalisme? Simplement parce qu'elle s'en est nourrie depuis le berceau du prolétariat qu'elle a réussi à faire muter en aristocratie parlementariste, professionnalisée dans la politique et dans l'encadrement social. Elle est le cornac utile à la droite pour lui épargner ce dur labeur de dressage.
A cause de cette gauche Arc-en-Ciel, le peuple se bat contre les cornacs, pas contre ceux qui les spolient. Mais les cornacs ne travaillent dans l'altruisme, ils réclament des cachets, des attributs et de bonnes places pour eux-même et pour les leurs.
Observez: ladite "extrême Gauche" est au travail, elle s'inspire du siècle socialiste, pour bâtir, à son tour, sa caste. L'obstacle pour elle, c'est que les "Socialistes" la combattent ou alors il faut qu'elle obtempère dans le partage et les concessions.

Quant à la tenue très sexy du burkini, soyons indulgents et peut-être faut-il même être compréhensifs: si le corps de ces femmes indispose l'entourage parce qu'il est difforme ou malade, ce serait cruel de les obliger à l'exhiber. Si ce n'est pas la cas, c'est le triomphe d'un symbole cher à la Gauche Arc-en-Ciel: une minorité domine la majorité. Un seul individu peut faire plier tout un peuple! N'est ce pas magnifique? N'est-ce pas démocratique? Alors, le poids du soutien ?!!!

Transparence pour les travaux:
Je constate que les arbres qui sont en cours de transplantation sur la plaine de Plainpalais proviennent du Nord-Est de l'Allemagne par convois spéciaux. J'ai été d'une naïveté attendrissante à croire qu'ils proviendraient de pépinières genevoises avec lesquelles l'exécutif genevois avait traditionnellement des contrats d'entretien et de culture de long terme. Pour les emplois genevois, c'est encore un faux bond. Bonneteau pour nos entreprises de proximité!

Au Grand théâtre, j'aimerais savoir qui y travaillent à sa reconstruction-extension et que l'exécutif nous détaille un peu le mécanisme de l'énorme dépassement de son budget initial.
Mais, parait-il que l'endettement est une industrie prometteuse pour l'économie en général. Sans endettement, pas de plus-value ni d'économisme. Qu'en pensez-vous?

Écrit par : Beatrix | 26/11/2017

Les commentaires sont fermés.