28/05/2017

Bouffons du roi !

"N'oubliez pas : la télé c’est que de la télé".

Évidemment, ce gimmik de fin d'émission devrait servir d'avertissement au spectateur, comme un message sur un paquet de cigarettes. Mais l'ambiguïté du message tient dans le fait qu'il est dispensé à ses propres fidèles par le Messie lui-même. En tout deux millions chaque soir à se prosterner devant l'autel, comme dans d'autres temps on se pressait aux jeux du cirque.

Plaisir du divertissement gratuit (le produit étant le consommateur à qui l'on gave le bulbe de publicités flatteuses), plaisir de la paresse mentale (après une journée de travail, la tentation est grande), plaisir de la légèreté (tout est si noir dans ce monde), plaisir potache (on tape sur l'un, on humilie l'autre, on s'embrasse, on oublie).

Le problème dans toute idolâtrie c'est le pouvoir que l'on prête à l'idole, et ce qu'il en fait. Car toute idole risque d'être brûlée un jour. Comme aux jeux du cirque toujours, où le public s'émeut que la vierge ait été dévorée par les lions. "Là ils sont allés trop loin" entonnent en chœur les moutons pourtant complices du spectacle. 

TeleDecharge.png

Certes, il y a eu dérapage. Grave qui plus est. Exposer aux jugements du public, à la moquerie,  une vie sentimentale qui doit rester privée (a fortiori quand celle-ci est en pleine construction et souffre de ne pouvoir déjà être assumée dans le cadre familial) est condamnable moralement. Tromper ainsi une personne, dans ces conditions, par manipulation, est une sorte de viol moral. Mais c'est au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel de rendre justice, ou - le cas échéant - aux tribunaux eux-mêmes.

Le lynchage revanchard d'une meute de "bien-pensants" me laisse tout aussi scandalisé que le canular lui-même. Les lynchages ne sont souvent que des expédients pour expier ses propres fautes. 

Entre les intellectuels bon teint offusqués qui multiplient les déclarations opposant l'élite à la plèbe décervelée, les ex-fans frustrés qui vomissent sur la star après avoir tenté vainement de l’approcher, les racistes qui soulignent les origines tunisiennes, les antisémites qui ne manquent pas de relever que l'animateur est "forcément" protégé, ce lynchage est-il réellement animé de bonnes intentions ?  Il n’existe aucune bonne raison dans un lynchage, sauf à céder aux sirènes du talion.

22:07 Publié dans Air du temps, Humeur | Tags : télé, lynchage, dérapage | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |