11/12/2015

Inquiétude. Quelle inquiétude ?

« L'inquiétude monte dans la population », commente la Tribune dans son édition du 11 janvier, à propos du signalement d'un hypothétique séjour de supposés terroristes dans notre ville. Je n'ai pas pour habitude de donner des leçons de déontologie à la presse, mais là je fulmine.

Chère Tribune de Genève, qu'est-ce qui  t'autorise à prétendre que la population est inquiète ? En te faisant le relais d'une telle allégation, non seulement tu crées cette inquiétude, mais tu l'entretiens. Auprès de combien de représentants de cette "population" as-tu éventuellement enquêté ? Et dans quel périmètre ? Était-ce au-delà d'un trottoir entre la rue des Rois et la rue du Stand ? Certes, tu es allée « prendre la température » du côté de l'aéroport, de l'Onu et de la gare. Mais pour y constater quoi ? Tout bonnement rien, mais avec l'art consommé du pyromane-pompier pour le dire.

Je détaille : « Un conducteur (…) a fait naître des rumeurs ». L'aveu tient déjà dans cette simple phrase, tu aurais pu en rester là, chère Tribune, et mettre ainsi fin à l'article, mais le goût de l'investigation certainement te pousse à chercher plus loin. Tu découvres alors qu' « aucune information ne faisait état d'une menace précise ». Qu'à cela ne tienne, tu tiens déjà un sujet, presse le citron et communique via le net cette non-information. Et ça marche ! puisque, très vite, tu rencontres des gens te disant « on a lu qu’il y avait des menaces d’attentat à Genève ». Lu ? Tiens donc ! Mais où, sur le site internet de la Tribune ? Celle-là même qui enquête pour constater qu' « on n’en sait pas plus » ? Plus loin, dans ton article, tu lâches, comme prise d'un remord, ce commentaire d'une passante « c’est pour le moins inquiétant d’avoir appris cela par la presse ». Eh oui, c'est inquiétant ! Il ne te reste plus qu'à terminer ton article par un peu d'objectivité, enfin, avec cette conclusion : « pas trace d’effervescence (…) rien n’est visible (…) la frénésie des achats de Noël semble avoir pris le pas sur l’anxiété ».

Chère Tribune, la rumeur n'est pas de l'information, le sondage n'est pas du reportage, l'à-peu-près n'est pas du journalisme.


Si aujourd'hui des gens ont peur, ce n'est pas parce qu'un boys band armé jusqu'aux dents massacre tout ce qui bouge autour du Jet d'Eau, c'est bien parce qu'une rédaction irresponsable distille de la rumeur et se repaît de sensationnalisme.

 

13:30 Publié dans Genève, Humeur | Tags : presse, rumeurs, inquiétude | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Absolument d'accord ! On peut être vigilant sans pour autant être inquiet. Dans les rues de Genève aujourd'hui, beaucoup de bonne humeur, de jeunes en costume, des gens qui font des courses pour Noël. Pas d'inquiétude. Presque par principe. J'aimerais que La Tribune publie un article dans ce sens.

Écrit par : Carol Scheller | 11/12/2015

Que ne ferait-on pas pour vendre davantage...

Deuxième soirée de suite: pas grand monde dans les supermarchés...

Le gens n'ont plus d'argent?

Écrit par : Johann | 11/12/2015

Les commentaires sont fermés.