22/07/2015

Le pont (six pieds) Sous-Terre

Canicule estivale, vacances et faits divers font que le pont Sous-Terre est le sujet d'un petit débat. Presque un marronnier puisque le sujet, à épisodes quasi réguliers, revient sur le tapis. Deux récents tragiques évènements ont sans doute poussé Rémy Pagani (CA en charge du Département des constructions et de l'aménagement de la Ville de Genève) à prendre le taureau par les cornes dans ce dossier. Ses services réfléchissent donc à une stratégie empêchant les nageurs de plonger depuis le pont Sous-Terre.

Plongeon.jpg


La solution est annoncée pour l'été prochain, mais déjà certains ricanent ou s'offusquent parce qu'un responsable politique endosse ses responsabilités, privant ainsi nos citoyens de se divertir de s'amuser. «Pagani moralisateur», «il faut que jeunesse se passe», «brimer la liberté», j'en passe et des plus insultants, tel est le ton des interpellations vues sur réseaux sociaux ou en commentaires d'articles.

Il faut peut-être rappeler un point essentiel : en agissant fermement pour que les plongeons ne soient plus possibles depuis le pont, c'est le seul respect d'un règlement qui sera appliqué (1). La baignade, quant à elle, n'est autorisée sur le Rhône qu'en aval du pont Sous-Terre, avec quelques bémols, c'est bien le problème. Car c'est bien l'Etat qui a procédé à l'aménagement de ces pontons en aval du pont. Des espaces incitatifs à la bronzette ou à la trempette, mis à la disposition de la population mais - selon la formule consacrée – placés «sous la sauvegarde des citoyens», sans la moindre disposition en matière de surveillance ou de sauvetage. Quant à la prévention, jusqu'à maintenant elle se limitait au communiqué de presse conjoint de l'Etat et de la Ville (2), rappelant entre autres que « les activités en rivières ne sont pas surveillées et se font aux risques et périls des usagers » (sic).

Alors que doit faire Rémy Pagani ? Fermer les yeux sur les 12 noyades référencées à cet endroit en deux ans ? Majoritairement des jeunes, oui, en parfaite condition physique et excellents nageurs pour la majorité des cas.  Une fois plongé dans une eau agitée et relativement froide, tout nageur se fatigue très vite. Une compétition musculaire s’engage entre la respiration et la natation. Epuisé, le nageur privilégie la respiration, aux dépens de la natation et finit par couler, expliquait le Dr Niquille dans une interview (3).

L'aménagement de structures empêchant de plonger du pont permettra-t-elle d'endiguer cette mode ? Certains viendront hurler à la dépense inutile ou peu prioritaire, il faudra leur glisser à l'oreille qu'un sauvetage de personne coûte 6'000 francs.

En tout état de cause, la situation n'est pas tenable. Il se trouvera toujours quelqu'un pour contourner un interdit ou braver un risque, certes, mais l'occasion a fait le larron : l'installation de ces pontons a provoqué un attrait, les autorités ne sont pas nécessairement obligées de sanctionner (on voit bien que l'interdiction de plonger ne dissuade pas), mais elles doivent proposer un cadre préventif sécurisant qui fait aujourd'hui défaut.

Rémy Pagani en s'attaquant au problème pose la discussion de la responsabilité collective. Comme le disait catégoriquement le Dr Niquille, à propos de la baignade dans le Rhône, on peut (...) se demander s’il est judicieux de l’autoriser explicitement en créant des espaces propices à la baignade qui ne sont pas surveillés.

N'en déplaise à ceux qui y voient une punition générale par l'abus de quelques amateurs de sensations, si la mesure à venir leur paraît « liberticide » elle sera préférable à une actuelle pratique du plongeon qui est aujourd'hui homicide.

 

 

1 Article 2Ae du règlement sur les bains publics: Il est interdit aux baigneurs de plonger et de se livrer à des jeux aquatiques à partir des débarcadères utilisés par des bateaux assurant un service public et à partir des ponts, sur toutes les eaux du canton.

2 Communiqué de presse Canton-Ville: aval du pont Sous-Terre, suivre les règles de sécurité

3 Interview Dr Niquille, médecin réanimateur, tdg 3 septembre 2011

 

 

 

13:11 Publié dans Air du temps, Genève | Tags : pagani, pont sous-terre, baignade, plongeons | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

Commentaires

Ça fait des années que ce problème s'empire. Je proposais déjà des solutions il y a quelques années et je suis loin d’être le seul à l'avoir fait. Ces morts étaient prévisible, on aurait pu en éviter quelques uns, peut être tous.
Ces élus irresponsables ont la responsabilité de nombreux morts. Mais, c'est bien le microcosme politique genevois, qui me dégoûte, ou chacun pense a sa petite gueule et se fout des intérêts de la communauté.

Autoriser la baignade et sans surveillance après un barrage. Dans les Etats "normaux" ont interdit la baignade après un barrage. Celui du Seujet est particulièrement dangereux pour les nageurs, sans compter avec l'eau glacée de l'Arve. L'interdiction jamais respectée s’arrête après le pont Sous-Terre, il est interdit de plonger depuis les ponts. Mais sur ce pont, c'est des centaines de plongeons chaque jour.

Genève innove pour remplir les cimetières

Écrit par : Steve Roeck | 22/07/2015

Cela coule de source-si je puis me permettre-que cette région de part les arguments évoqués par le Dr.Niquille est particulièrement dangeureuse.
Certains et certaines s'offusquent de ne pouvoir se mettre en danger, peut-être faudrait-il que ces personnes se mettent à la place des familles endeuillées : elles ont perdu un être cher et aujourd hui elles seraient bien soulagées de savoir que la ville met en place des mesures afin de contrer ces morts violentes.

Écrit par : Cogito ergo sum | 22/07/2015

Vraiment, nous n'avons que des problèmes de riches.

Écrit par : Déblogueur | 23/07/2015

Si les malheureux décès dans le Rhône sont dus à des nageurs qui ont sauté du Pont DE Sous-Terre*, alors oui il faut agir. Mais en est-on sûr ?

En effet, les articles dans la presse n'ont jamais parlé de plongeurs mais de nageurs. Or si ces noyades sont le fait de "simples" nageurs ayant eu un malaise ou une difficulté, le barricadage du pont d'y changera rien. Perso, je ne connais pas les raisons de ces noyades. Commençons par nous renseigner avant de tirer à tout va soit contre Mr Pagani soit contre ces jeunes plongeurs.

Bon été.

* Oui, le Pont DE Sous-Terre, c'est comme la Place DE Neuve, ça prend un "de" même si le langage courant des bons genevois est de les enlever. C'est bizarre mais c'est ainsi.

Écrit par : Philippe C | 23/07/2015

@ Philippe C

Règlement toujours valable du 12 avril 1929
...
Art. 2A Interdictions pour raisons de sécurité
Il est interdit aux baigneurs :
a) d’approcher à la nage des bateaux et des canots;
b) de se rendre à la nage ou à l’aide de radeau dans la ligne de parcours ordinaire, à l’heure de passage des bateaux assurant un service public;
c) de se tenir, à moins que les conditions locales ne le permettent pas, à une distance inférieure à 100 m des bateaux en marche des entreprises de navigation publiques;
d) de s’accrocher aux bateaux des entreprises faisant un service public, même lorsqu’ils stationnent;
e) de plonger et de se livrer à des jeux aquatiques à partir des débarcadères utilisés par des bateaux assurant un service public et à partir des ponts, sur toutes les eaux du canton;
f) de nager et de plonger, sauf dérogation, dans le plan d’eau situé entre le pont du Mont-Blanc et le pont Sous-Terre
...
https://www.ge.ch/legislation/rsg/f/s/rsg_F3_30P03.html

Concernant le DE c'est parce que cela revoie a un lieu. La place DE, du lieu X
par exemple la place de Neuve fait référence au lieu de la porte Neuve
C'est pareil concernant les: Sentier de Sous-Terre, Rue de Sous-Terre et Pont de Sous-Terre du lieu Sous-Terre

Mais vous constaterez que les vielles lois sont aussi fâchées avec les DE

Écrit par : Steve Roeck | 23/07/2015

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