Recréons Genève!

  • Retour gagnant

    Imprimer

    Fleur.jpg

    Il y a un peu plus d'un an, je faisais le bilan de mon parcours de chômeur de longue durée, âgé de plus de cinquante ans, ayant entamé une reconversion professionnelle. Je faisais même le pari de décrocher un emploi à 100% et un CDI. 
     
    Il y a quelques mois , j'ai signé mon contrat.
    J'ai gagné. 
     
    Mais combien restent sur le bas côté ? Combien se voient essuyer des refus ou - pire - subissent le mépris de la lettre-morte, en ne recevant pas même un accusé de réception ? Combien vivent le quotidien humiliant de ces demandeurs d'emploi, considérés par certains comme des parasites, par d'autres comme des inutiles, par d'autres encore comme des incompétents ? 
    Combien surprennent dans la question d'un proche une once de reproche, ou de soupçon : fais-tu vraiment les bonnes démarches ? Es-tu sûr de bien chercher ?
    Combien passent de l'espoir à l'abattement ? Combien baissent les bras ? Combien en crèvent littéralement ? 
    Combien sont seuls ? Combien ont vu les proches s'éloigner ? 
    Combien d'offres lues, de CV remaniés, de rencontres prometteuses ? 
     
    Aujourd'hui je savoure ma victoire. Mais je n'oublie pas que le parcours fut ardu, violent. Être chômeur de longue durée c'est combattre un ennemi invisible. C'est une alerte permanente. Un affût qui n'a de cesse et qui ronge. Personne n'y est préparé, pas même les donneurs de bons conseils. 
     
    Alors il faut tenir. Se battre. Y compris quand les portes restent closes, y compris quand aucune lettre, aucun mail n'obtient de réponse. Il faut pouvoir se remettre en question. Remanier son CV. Se faire aider. Ne pas hésiter à accepter des stages. Saisir chaque opportunité permettant l'extension de son réseau, ou donnant l'occasion de faire valoir ses compétences, ses qualités. Tenir. Tenir. Ne jamais croire la petite voix dans sa tête qui dit "à ton âge, c'est foutu". Tenir. 
     
    Je regarde en arrière. Je considère toutes les rencontres, tous les soutiens qui sont une part de mon retour à l'emploi aujourd'hui. Je remercie toutes les personnes qui m'ont soutenu. Toutes celles, de près ou de loin, qui m'ont aidé à traverser cet océan. Parmi tous ces soutiens, je ne veux pas oublier l'Etat. Celui-ci donne beaucoup (certains le lui reprochent), le système n'est bien sûr pas parfait, mais des moyens financiers et des outils sont mis à disposition des chômeurs, il faut s'en servir. J'ai bénéficié de stages, d'entretiens, de conseils. Ces mesures sont plus valorisantes pour un demandeur d'emploi que de devoir rendre un formulaire mensuel attestant d'un certain nombre de recherches. J'ai aussi eu la chance d'avoir deux conseillers en placement (Mme Christine S. puis M. Daniel W.) enthousiastes, motivants, valorisants et dynamiques. Tous ces mois de chômage représentent, outre les indemnités légitimement perçues, des sommes importantes en formations, mesures d'accompagnement et autres démarches visant à me faire retrouver un CDI. C'est un investissement important que l'Etat fait pour chaque chômeur, c'est un pari (peut-être), c'est un droit (certainement), c'est un risque (également). Mais c'est (parfois) payant. C'est pour toutes ces personnes dans la précarité, toutes ces chômeuses et tous ces chômeurs dans la quête d'un emploi, pour tous ces dossiers ouverts, pour toutes ces familles éprouvées, que les prestations financières et les mesures assorties ne doivent pas être diminuées. Notre société doit faire cet effort, afin de permettre qu'un jour, parmi tous ces chiffres dans un bilan comptable, des personnes s'en sortent, puissent retrouver cette dignité qu'on leur refuse. 
     
    Mon combat politique ne cessera pas. Je compte donner plus de place dans ce combat aux personnes précarisées, aux familles (recomposées, ou non, déchirées ou pas) qui peinent, qui se saignent pour (sur)vivre avec peu.
    Lien permanent Catégories : Emploi, Genève, Social 5 commentaires
  • Butin de votes

    Imprimer

    Je suis président d'un local de vote en Ville de Genève depuis plusieurs années. J'occupe cette fonction volontairement et je m'efforce de la servir avec le sérieux, la dignité et l'efficacité qui sont dus à nos institutions et au corps électoral.

    Cela commence par le choix des jurés électoraux que je convoquerai pour le scrutin et son dépouillement. Le jour de la votation, je prépare le local de vote, j'y affiche les prises de position des différentes composantes politiques et des associations concernées, je veille à la propreté et à la conformité des isoloirs, j'accueille les jurés électoraux (généralement des jeunes peu familiarisés avec les "subtilités" de notre système politique et encore moins au fait du déroulement des deux heures de vote, puis du dépouillement et comptage), je les rends attentifs aux dispositions légales d'une telle opération ainsi que sur l'attitude à adopter durant ce temps. J'exige d'eux de la rigueur, du sérieux, et une infaillibilité que j'estime légitimes dans le cadre de cette fonction. Avant le vote, je scelle l'urne après avoir fait constater qu'elle était bien vide. Après le vote, devant tout le jury électoral, l'urne est descellée, les bulletins comptés et recomptés, le dépouillement est précis, rigoureux, méthodique, concentré. A la moindre erreur, je fais recommencer tout le comptage. Puis les résultats sont transmis au Service des Votations par téléphone, et l'urne de transport contenant tous les documents est scellée à son tour. Enfin, les agents municipaux viennent chercher ce précieux et sacré matériel. Ce n'est qu'à ce moment que nous pourrons quitter le local de vote.

    Dans toutes ces étapes, j'insiste sur la responsabilité et sur l'honnêteté.

    Depuis hier, je pense à toutes celles et ceux que j'ai convoqués, et à celles et ceux que j'ai désignés pour le 19 mai. Comment vivent-ils cela ? Comment résonnent mes paroles à l'aune des exactions dénoncées récemment ? Tout en demeurant respectueux de la présomption d'innocence, je ne peux m'empêcher d'en vouloir à cette indélicate personne, à ce ver dans le fruit corrompu d'avoir ainsi souillé l'un des piliers de notre démocratie.

  • Distribution de bons poings.

    Imprimer

    Le terrorisme intellectuel de certains petits marquis de la culture me navre. Rien ne justifie un lynchage. Ce que semblent oublier ces adeptes du respect humain à la géométrie variable. Pratiquer la censure par intimidation en taxant de fascisme celui qui ose exprimer son opinion. Vouloir faire taire. Répondre au raccourci par le raccourci, mettre à mort sur les réseaux sociaux et se fendre d'une belle lettre de Tartuffe, faite de morale et de leçons de déontologie.
     
    Qui sont-ils ces "chiens" d'une meute trop empressée à déchiqueter l'idole, l'enfant gâté du reportage, qui a commis le faux-pas qui lui vaut cette exécution ? Un comité de salut public, celui du cinéma suisse sans doute, ou en tous les cas auto-proclamé puisque y figurent davantage de ce que notre cinéma compte d'anonymes plutôt que de personnes représentatives; les fameuses hyènes qui se repaissent du sang du buzz. 
     
    En préambule, se draper dans une dignité de pacotille en prévenant ne pas commenter les opinions politiques de Melgar, pousser jusqu'à prétendre ne pas faire partager les leurs, puis dans un simulacre de plaidoirie, telle la Reine de Coeur chez Alice (lui qui est déjà coupable d'être "renommé" et de jouir "d'une forte attention dans le paysage médiatique"), le rendre responsable de "mettre en danger un groupe de personnes vulnérables" (inversion classique des problèmes, puisque ce ne sont plus les habitants d'un quartier ou les enfants d'une école qui seraient en danger, mais de présumés dealers), enfin l'accuser d'exacerber la xénophobie et la stigmatisation raciale. Définitivement, l'homme doit être abattu.
     
    La lâcheté collective de tous ces "amis", collègues, amateurs du 7ème art, davantage prompts à en remettre une couche en hurlant avec les loups, mais qui oublient d'adresser leur lettre ouverte (sic) au principal intéressé. L'attitude supérieure de ceux qui savent et qui reprochent des "faits non avérés et mal documentés" mais qui, fermant les yeux sur le deal de rue pendant des décennies, au prétexte de la complexité du monde et de l'immense privilège de vivre dans un pays riche, n'ont pas considéré utile de se poser des questions. La malsaine facilité d'apposer son nom au bas d'une condamnation plutôt que d'entrer les yeux dans les yeux dans un débat, d'oser le dialogue avec le "vilain" pour lui exprimer son malaise, voire son dégoût.
     
    Mais il faudrait pour cela avoir l'envie de la grâce.