12/12/2017

L'escalade du ridicule

Dans la nuit de dimanche à lundi, sur un réseau social bien connu, nous a été donné le curieux spectacle d'une Escalade "revisitée" à la sauce de certains partis. Le 11 décembre étant l'ouverture officielle de dépôt des candidatures pour le Grand Conseil et le Conseil d'Etat, des formations politiques ont littéralement fait le siège du Service des Votations pour obtenir l'insigne honneur d'obtenir un numéro de liste parmi les premiers. Les divers représentants de ces partis partageant sur leurs profils respectifs, qui le véhicule bloquant l'accès au bâtiment, qui un député bivouaquant devant la porte du bureau, d'autres posant triomphalement dans le hall d'entrée. 

Objectivement, cela a-t-il un sens ? 

Apparemment si l'on en croit cette folklorique ruée pour obtenir les premières places dans la brochure officielle des candidats. Cela aurait donc un sens. Pour les partis concernés. Mais vraisemblablement aucun pour les électeurs qui, j'en suis intimement convaincu, n'y accordent aucune importance.

Les fêtes de fin d'année arrivent avec leur subtil mélange de stress, d'espoir et de morosité. La frénésie des achats se fait déjà sentir, le consumérisme instaure la ségrégation entre "ceux qui dépensent sans compter"  et "ceux qui recomptent et ne peuvent dépenser", et la solitude quotidienne de beaucoup les marque particulièrement en cette période.

Surtout, pour beaucoup de nos concitoyens, l’avenir ce n’est même plus la fin du mois, c’est demain. Comment donc se projeter en avril 2018, quand il faut affronter d’autres soucis quotidiens ? Et cette course au podium virtuel (puisqu’il ne s’agit pas de gagner les élections mais de simplement figurer en tête d’une brochure) n’est-elle pas l’expression d’une immaturité de ces partis traditionnels qui semblent déconnectés des problèmes des électeurs qu’ils visent ? Peuvent-ils sincèrement penser que leur présence dans les pages de tête de la brochure électorale peut être la garantie, ou un accessit pour la victoire finale ?

CourseServiceVotations.jpeg

Singulière vision de la démocratie. Méprisante. Ou naïve.

Se peut-il qu’il existe des stratèges cyniques au point d’imaginer que l’électeur moyen désignera son législatif et ses ministres en prenant la première feuille pour la glisser dans l’urne ? Sans feuilleter, sans nuancer, sans se questionner ? Bêtement ? Dans un geste grégaire et soumis ?

Ou y aurait-il dans les états-majors de campagne des personnes si peu sûres de leur bilan et de leur programme qu'elles s'en remettent à la superstition, au hasard, en se passant derrière l’oreille leur liste « bien numérotée » comme on le ferait d’un grigri ou d’une patte de lapin, pour se persuader que cette bonne place est un signe prémonitoire du résultat final ?

Voilà bien le ridicule de ces gesticulations du week-end, où - pour des motifs irrationnels - des formations politiques ont joué des coudes dans l’absolue indifférence du corps électoral.

La gesticulation n’est pas un programme, pas plus qu’elle n’est un bilan. Il faut redonner aux Genevois l’envie de vivre.

12:06 Publié dans Elections, Genève, Grand Conseil | Tags : genevois, envie de vivre, partis politiquesri | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

17/11/2017

Auto-censure

Mercredi dernier, au conseil municipal de Genève, sur les débats d’actualité (chantier du Grand-Théâtre, burkini autorisé dans les piscines municipales), nous nous sommes retrouvés  bien seuls, mon collègue Pierre Gauthier et moi, à voter comme la droite.

Certains dans ces moments pourraient se demander si leur positionnement est adéquat, et s'ils occupent le bon côté du parlement.

Nous pas.

Au contraire.

C'est plutôt l'ensemble de la gauche qui devrait aujourd'hui se remettre en question, car le fond des sujets abordés était d'intérêt public, conforme à la réflexion que toute personne de gauche se doit d'avoir, a fortiori si elle a été élue pour porter la voix des citoyens.

Alors pourquoi cette gauche municipale reste-t-elle tête dans le guidon ?

Si l'on prend les deux sujets de mercredi, c'est facilement explicable et malheureusement symptomatique: les deux magistrats mis en cause étaient de notre bord. Ce facteur ajouté à celui de l'échéance électorale semble faire perdre toute objectivité aux municipaux PS, Verts et d'extrême gauche. Tétanisés par l'échéance électorale ces partis poussent la mauvaise foi jusqu'à la cécité. On en vient à raisonner de manière binaire : les gentils, les méchants. Les bonnes propositions de gauche, les sales demandes de droite. Les revendications légitimes de gauche, les demandes pernicieuses de la droite. 

Certes, il arrive également à la droite d'avoir cette lecture limitée, mais dans la mesure où elle est majoritaire, elle a beau jeu de mener le tempo dans la partition des débats. 

En conséquence, et comme mue par le syndrome de la chèvre de M. Seguin, la gauche sachant le combat perdu, entre dans un affrontement dogmatique au lieu d'être pragmatique. C'est bien là son erreur: pourquoi refuser d'entrer en matière sur des problématiques qui dépassent le seul clivage politique droite-gauche ?

Dans les sujets qui nous occupaient mercredi soir dernier, il était question du retard de chantier du Grand-Théâtre, et d'une modification de règlement des piscines municipales autorisant implicitement le port du burkini dans les piscines de la ville. 

Au nom de quelle idéologie, la gauche devrait-elle refuser une transparence tant dans le déroulement des travaux que dans les causes de ses retards ? Et si, comme l'affirme l'extrême-gauche, la manœuvre visant à obtenir cette transparence n'était qu'électoraliste, n'y aurait-il pas là un argument supplémentaire pour la soutenir ? Car enfin, électoralisme pour électoralisme, ne vaut-il pas mieux se présenter au peuple en tant que garant de la transparence plutôt que comme  le chantre de l'opacité  ? 

Dans le débat à propos du règlement des piscines, toujours suspicieuse et encline à voir dans chaque élu de droite un islamophobe qui somnole, la gauche empêtrée dans ses confusions a ressorti les vieux arguments essentialistes. Mais comment peut-on encore cautionner implicitement l'un des symboles de l'uniformisation du corps des femmes ? Sur la base de quel critère féministe peut-on justifier une tenue, non pas religieuse mais politique, qui ne dévoile que l'inéquité et la volonté d'asservissement ? Comment la gauche peut-elle ainsi mépriser toutes les femmes qui, dans toutes les parties du monde (n'en déplaise aux féministes racialistes) se battent et parfois au péril de leur vie pour se défaire de ces carcans imposés par des religieux d'un autre âge ? 

Alors oui, je me sens plus que jamais à ma place à gauche, avec mon camarade de parti Pierre Gauthier, à défendre des valeurs qui sont bien de gauche, ou du moins sur lesquelles la droite n’a pas à s’arroger le moindre monopole, ni la gauche à les lui abandonner.

19:01 Publié dans Conseil Municipal, Droite, Gauche, Genève | Tags : grand-théâtre, burkini, piscines | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

28/09/2017

L'honneur perdu d'un maire

J’estime que nous avons tort à gauche de minimiser ou de relativiser la gravité des causes de l’annulation du vote communal du 24 septembre 2017. La droite ne peut pas seule se positionner en garante des institutions.

Cette histoire porte atteinte à notre démocratie, elle porte atteinte au principe de la libre formation de l’opinion des citoyens, elle porte atteinte à notre ville et à son image.

La cause de l’annulation par la chambre constitutionnelle est grave, cela s’appelle une forfaiture.

Cette affaire, on ne le répètera jamais assez, a porté atteinte surtout au droit des citoyens de s’exprimer.

Tout cela n’est pas de gauche ou de droite. Ce sont des valeurs démocratiques et républicaines, valeurs que nous partageons – je le crois – tous partis confondus, au-delà de nos différences idéologiques.

Voilà pourquoi l’ensemble de la gauche devait prendre parole et condamner plutôt que de relativiser ou de minimiser. Voilà pourquoi j’aurais souhaité des paroles de gauche plus responsables et moins partisanes. Non dans le but de procéder à un lynchage ou à une mise à mort expiatoire, mais parce qu’il s’agissait de la défense des valeurs de notre République.

J’ai regretté également, tant comme citoyen que comme élu, le manque de courage du Conseil Administratif qui a laissé à la seule appréciation du maire le fait de « se déterminer sur ses prérogatives ».

Au titre de militant et d’élu de gauche, je déplore que M. Pagani, en homme responsable et conscient de la valeur honorifique et symbolique de la fonction de maire, ne se soit pas de lui-même mis provisoirement et symboliquement en suspens de sa fonction de maire pour précisément lui rendre son honneur perdu.

Voilà pourquoi j’ai regretté que ne fussions pas plus nombreux à gauche à sauver l’honneur.

14:51 Publié dans Conseil Municipal, Genève, Votations | Tags : valeurs républicaines, démocratie, honneur, pagani | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |